mardi 23 juin 2020

25 août, procès de Diatou, enceinte de 7 mois, violemment interpellée par des agents de la Sûreté ferroviaire à Aulnay-sous-Bois, pour outrage et violences volontaires

Le 16 juin, Diatou, 23 ans, enceinte de 7 mois, était violemment interpellée à la gare RER d’Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) par des agents de la sûreté ferroviaire. Son compagnon, qui signale aux agents qu'elle est enceinte, est tenu à l'écart. Dans la vidéo, Diatou, plaquée au sol sous les deux hommes, se fait écraser le visage par le pied de l’un d’entre eux. La SNCF prétend qu’elle ne portait pas de masque, ce qui est faux, comme le prouve la vidéo. Les agents de la SUGE prétendront également qu’elle les aurait mordus et griffés. Diatou admet qu’elle a mordu un des agents, qui l’avait violemment saisie par le bras, “pour se défendre”, dénonçant des gestes totalement disproportionnés de la part des agents.
L’interpellation de Diatou filmée par un voyageur
Transférée à l’hôpital, à sa demande, pour des examens complémentaires, Diatou sera mise en garde à vue à sa sortie, pendant 7 h. Elle sera jugée le 25 août pour outrage et violences volontaires sur agents dépositaires de l’ordre public. Elle a déposé une plainte contre les trois agents. Son compagnon, remis aux forces de l’ordre pour outrage et violences, devrait être présenté au parquet pour rébellion. Il aurait reçu une OQTF (obligation de quitter le territoire français).
Le témoignage de Diatou, recueilli par Taha Bouhafs

lundi 22 juin 2020

« J’étouffe ! » Les derniers mots de Cédric Chouviat, étouffé par 4 policiers le 3 janvier 2020.

Le texte ci-dessous reprend un article de Nicolas Chapuis dans le journal Le Monde.
Cédric Chouviat. L’épouse de Cédric et son père.

LIRE : Cédric Chouviat, 42 ans, tué par trois flics : quand la police invente un délit d’outrage pour justifier la mort d’un homme

LIRE : L’épouse de Cédric Chouviat dénonce les mensonges des policiers

LIRE : Les propos répugnants de Thibault de Montbrial, l’avocat (rétribué par la République) des assassins de Cédric Chouviat

« J’étouffe ! » Le cri d’agonie est répété sept fois. Ce sont les derniers mots prononcés par Cédric Chouviat, le 3 janvier 2020, lors de son interpellation par la police quai Branly, au bord de la Seine, à Paris. Le Monde et Mediapart ont eu accès aux enregistrements du téléphone de ce livreur, père de famille, mort à la suite d’un contrôle routier qui a dégénéré. Sur les bandes vidéos, on entend clairement l’échange entre cet homme de 42 ans et les quatre fonctionnaires à l’origine de son arrestation et de son décès. Ces derniers ont été placés en garde à vue, mercredi 17 juin, et auditionnés par l’Inspection générale de la police nationale. Une information judiciaire est ouverte pour « homicide involontaire ».
Filmée de loin par des passants, la scène gardait jusque-là une part de mystère. Mais les enquêteurs ont eu accès aux neuf vidéos tournées par Cédric Chouviat lui-même et aux trois autres prises par l’une des policières impliquées dans l’arrestation. Ces douze minutes d’échanges permettent de mieux comprendre les circonstances dans lesquelles les fonctionnaires ont décidé de procéder à l’interpellation. L’homme avait été plaqué au sol sur le ventre ; d’après un témoin présent sur les lieux, une clé d’étranglement avait été réalisée. Victime d’une fracture du larynx, il avait été transporté à l’hôpital dans le coma. Il est mort deux jours plus tard.
Quand les vidéos débutent, le contrôle routier est déjà en cours. Les raisons pour lesquelles cet homme, livreur en scooter, a été arrêté sur le bord de la route, demeurent floues. Quelques jours après le drame, Thibault de Montbrial, l’avocat des quatre policiers, avait assuré que Cédric Chouviat avait son téléphone en main et que sa plaque d’immatriculation était sale. L’homme disposait pourtant d’un kit main libre actif. Sur l’ensemble des vidéos, les enquêteurs de l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale, qui procèdent à l’exploitation des fichiers, pensent reconnaître, sans certitude toutefois, un enregistrement sonore via le micro de son casque.
Dans leur rapport d’expertise, les militaires analysent le ton de la conversation. Ils notent d’emblée que « l’échange est relativement correct, même si nous pouvons ressentir une forme de “provocation” ou de “défiance” dans les paroles de la personne contrôlée ». Cédric Chouviat s’adresse ainsi aux policiers : « Je suis très correct, voilà, comme ça vous kiffez mettre des amendes aux gens, c’est votre travail. » A plusieurs reprises, il les traite de « clowns », ou de « guignols ». « Allez les provinciaux, mettez toutes les amendes que vous voulez, vous kiffez faire ça », dit-il, avant d’ajouter : « Franchement, vous avez vu vos têtes. » En retour, un policier se moque de lui, un autre brandit la menace de l’interpellation pour outrage.


A trois reprises, le contrôle semble prendre fin, mais à chaque fois, un échange verbal le relance. Un policier demande par exemple en partant à Cédric Chouviat de nettoyer sa plaque. Ce dernier rétorque en demandant un « s’il vous plaît ». « Ouais et alors vous croyez que je vais me mettre à quatre pattes je vais vous sucer la bite aussi », répond le fonctionnaire. On entend ensuite des bruits qui correspondent à un contact physique. Cédric Chouviat demande aux fonctionnaires de ne pas le pousser.
Peu à peu, la situation s’envenime. Cédric Chouviat lance aux fonctionnaires : « Hé mais sans votre uniforme (…) vous imaginez sans votre uniforme dans la rue vous êtes rien du tout (…) Est-ce que vous croyez vraiment que j’ai peur de vous (…) Vous croyez vraiment que j’ai peur de vous mais un mec comme… qui me casse la tête je lui arrache la tête dans la rue. » Aux policiers qui demande s’il s’agit de menaces, il répond : « Mais nan, y a aucune menace si vous avez pas votre truc vous faites rien du tout rien, mais regardez votre tête. »
Au bout de 9 minutes et 44 secondes, un fonctionnaire croit avoir entendu « fils de pute » de la part de l’homme. Sur la bande sonore, aucune insulte de cette sorte n’est cependant identifiable. On entend en revanche Cédric Chouviat qualifier l’agent de « pauvre type » à huit reprises. A de multiples reprises au cours de l’échange, l’homme demande aux fonctionnaires de ne pas le toucher. En retour, ceux-ci l’invitent à ne pas se rappocher d’eux. A dix minutes et trente secondes, Cédric Chouviat hurle à nouveau aux policiers de ne pas le pousser et indique qu’il va porter plainte. Les fonctionnaires l’invitent à le faire.
Un dernier « guignol », lâché à 11 minutes et 16 secondes semble précipiter le drame. « On ramène », lâche un policier. Des bruits de frottement se font entendre, ainsi que le claquement des menottes. « C’est bon, c’est bon, bracelets 0K », dit un agent. Mais dans le même temps, Cédric Chouviat hurle ses dernières paroles. « Arrête », puis « je m’arrête », et enfin ce cri, répété sept fois : « J’étouffe ! » Quelques secondes plus tard, l’homme ne respire plus. Les secours sont alors appelés. Mais en vain.

Pour les trois avocats de la famille Chouviat, l’issue fatale de ce qui n’est à l’origine qu’un banal contrôle routier doit alerter l’opinion publique. « Cette tragédie est la signature, pour qui peut en douter, du fait que l’emballement répressif en France est un facteur de déshumanisation y compris et malheureusement pour ceux qui devraient inspirer confiance et sécurité aux citoyens français : les derniers mots de Cédric font de son cri d’agonie, un cri universel », estime Me William Bourdon et Me Vincent Brengarth. Pour Me Arié Alimi, ce drame interroge les méthodes policières : « Chaque fonctionnaire et le ministère de l’intérieur ont désormais la connaissance que les techniques d’étranglement et de plaquage ventral peuvent tuer n’importe qui à n’importe quel moment. Toute utilisation de ces techniques sera désormais constitutive de meurtre. »
Cinq mois après ce drame et une semaine avant le placement en garde à vue des quatre policiers, Christophe Castaner, avait tenu une conférence de presse pour répondre aux manifestations contre les violences policières et le racisme. Un mouvement né aux Etats-Unis, après la mort de George Floyd, cet homme asphyxié sous le genou d’un policier, et qui a trouvé en France un fort écho. Lors de son intervention le ministre de l’intérieur avait fait référence à l’affaire Chouviat et avait annoncé la fin de l’enseignement de la « clé d’étranglement » aux forces de l’ordre. Une semaine plus tard, le directeur général de la police nationale, Frédéric Veaux, annonçait que dans l’attente d’une méthode de substitution, elle pourrait continuer à être utilisée, quand « les circonstances l’exigent », avec « mesure et discernement ».

mercredi 17 juin 2020

Après Maré Ndiaye (Mulhouse), Farida Chikh, 52 ans, infirmière, violemment interpellée pour outrage et rébellion à Paris

16 juin 2020, manifestation des personnels soignants, près de l’esplanade des Invalides.
Farida Chikh, 52 ans, infirmière au CHU Paul-Brousse de Villejuif, a été violemment interpellée par les CRS. Frappée au visage, tirée par les cheveux par des CRS, tandis qu’elle crie
Farida (asthmatique) a été conduite en garde à vue au commissariat du 7e arrondissement, où elle a passé la nuit. Elle est accusée d’outrage, rébellion et violences volontaires sur personne dépositaire de l’ordre public (pour avoir jeté quelques misérables cailloux en direction des CRS).
Voici ce que déclarait hier (16 juin) sur Twitter la fille de cette infirmière :
La vidéo de l’interpellation de Farida, filmée par Rémi Buisine, est disponible sur  Brut. (Au cours de cette arrestation, on entend un flic dire à un autre : « Pas de violence, on est filmés. »)

Le journaliste Taha Bouhafs rapporte que selon son avocat, Me Brault, l’infirmière est « traumatisée par son arrestation physiquement et moralement. Elle a plusieurs plaies à la tête, des bosses et des bleus. Sa blouse est aussi tachée de sang ».

Le procès de Farida aura lieu le 25 septembre.


Farida interviewée par Taha Bouhafs (Là-bas si j’y suis)

Cette nouvelle affaire de violences policières sur des personnels soignants évoque ce qui est arrivé à Maré Ndiaye, aide-soignante interpellée pour outrage et rébellion lors de la visite de Macron à l’hôpital de campagne de Mulhouse, et dont le procès pour outrage et rébellion aura lieu le 4 septembre à Mulhouse.
(Nous en reparlerons très bientôt, à l’occasion de la mise en ligne d’une pétition pour l’abrogation du délit d’outrage.)

LIRE : 4 septembre. Procès pour outrage et rébellion de Maré Ndiaye, aide-soignante mise en garde à vue lors de la visite de Macron à l’hôpital de campagne de Mulhouse

mardi 9 juin 2020

Appel des familles contre l'impunité des violences policières, pour l’interdiction des techniques d’immobilisation mortelles et des armes de guerre en maintien de l’ordre


Cette initiative est lancée par le collectif Vies Volées, le comité Adama, la famille Dieng et le comité Vérité et Justice pour Lamine Dieng (Paris, 20e), la famille d'Abou Bakari Tandia (Courbevoie, 92), la famille de Tina Sebaa (Saint-Fons, 69), la famille de Baba Traoré (Joinville-le-Pont, 94), la famille d'Abdelhakim Ajimi (Grasse, 06), la famille de Mahamadou Marega (Colombes, 92), la famille de Mahamadou Marega (Ivry, 94), la famille de Youcef Mahdi (Melun, 77), la famille d’Angelo Garand et le collectif Justice pour Angelo (Blois, 41), Awa Gueye et le collectif Justice et Vérité pour Babacar Gueye (Rennes, 35), le comité Justice et Vérité pour Wissam El Yamni (Clermont-Ferrand, 63), le comité Vérité et Justice pour Gaye Camara (Champs-sur-Marne, 77), le collectif Selom et Matisse (Lille, 59), le comité Justice pour Ibrahima Bah (Villiers-le-Bel, 95), le comité Vérité pour Curtis (Massy, 91), le comité Vérité et Justice pour Morad Touat (Marseille, 13), le comité Justice pour Liu Shaoyao (Paris, 19e), le comité Vérité et Justice pour Ali Ziri (Argenteuil, 95), Haby Koumé sœur d’Amadou Koumé (Saint-Quentin, 02), les parents et la sœur de Rémi Fraisse, le collectif Vérité et Justice pour Mehdi (Vaux-en-Velin, 69), Florica Floarea et le comité Vérité et Justice pour Dorel (Vigneux-sur-Seine, 91), Salah Zaouiya et l’association Mémoire Jawad Zaouiya (Mantes-la-Jolie, 78), Justice pour Mehdi Bouhouta (Vaux-en-Velin, 69), la famille Touré et le comité Vérité et Justice pour Zakaria (Troyes, 10), Siaka Traoré, frère de Bouna (Clichy-sous-Bois, 93), Geneviève Legay (Nice, 06), Franck Lambin, père d'Allan (Saint-Hilaire-des-Landes, 35), Vérité et Justice 31 (31), Fatiha, mère d'Hocine et le comité Vérité et Justice pour Hocine Bouras (Colmar, 68), Milfet, fille de Zineb Redouane, la famille de Cédric Chouviat (Levallois-Perret, 92), Marie-Paule Chenevat, en hommage à Romain (91), Carenne Levy, femme de Philippe Ferrières (Drancy, 93), Fatima Zerroukhi, mère de Joail et le comité Justice et Vérité pour Joail (Vienne, 38), l'Assemblée des Blessés et les Mutilés pour l’exemple.

lundi 8 juin 2020

Le trombinoscope des 29 députés demandant l’interdiction de publier des photos des policiers dans les médias


En plein déconfinement, et alors que les 55 jours de confinement ont provoqué un déchaînement de violences policières et de vexations liées à l’obsession répressive du ministre de l’Intérieur, un groupe de 29 députés, emmenés par le député Eric Ciotti, vient de déposer (26 mai 2020) une scélérate proposition de loi visant à interdire la publication des photos des forces de l’ordre dans les médias. On rappellera qu’aucune loi n’interdit de photographier les policiers sur la voie publique. Vous trouverez ici le texte de cette proposition de loi, inspirée des proposition du syndicat d’extrême droite Alliance.


Découvrez le visage de ces courageux défenseurs de l’immunité policière. La plupart de ces individus disposent d’un site Internet, d’un compte Twitter ou d’une page Facebook (que vous pourrez consulter en cliquant sur leur patronyme).


À ces 29 députés, ajoutons (ci-contre) le (tout petit) sénateur Jean-Pierre Grand, auteur (3 décembre 2019) d’un amendement interdisant la publication, par quelque moyen que ce soit et dans tous supports, d’images de représentants des forces de l’ordre, et punissant le délit d’une amende de 15.000 euros.

La plupart de ces députés font partie du groupe LR (ex-UMP).
Éric CIOTTI (Alpes-Maritimes), Gérard CHERPION (Vosges), Geneviève LEVY (Var), Valérie BAZINMALGRAS (Aube)
Bernard REYNÈS (Bouches-du-Rhône), Bérengère POLETTI (Ardennes), JeanLouis MASSON (Var), Josiane CORNELOUP (Saône-et-Loire)
Marc LE FUR (Côtes d’Armor), Ian BOUCARD (Territoire de Belfort), JeanClaude BOUCHET (Vaucluse), Annie GENEVARD (Doubs), vice-présidente de l’Assemblée nationale, Valérie BOYER (Bouches-du-Rhône)
Emmanuelle ANTHOINE (Drôme), Raphaël SCHELLENBERGER (Haut-Rhin), Gérard MENUEL (Aube), Olivier DASSAULT (Oise) et feu son papa, Olivier MARLEIX (Eure-et-Loir)
Bernard PERRUT (Rhône), Thibault BAZIN (Meurthe-et-Moselle),  PierreHenri DUMONT (Nord), finaliste du prix de l’Humour des députés pour sa célèbre phrase “Pour bien accueillir, il faut bien expulser” (à propos des migrants), Michèle TABAROT (Alpes-Maritimes), Michel VIALAY (Yvelines),  Patrick HETZEL (Bas-Rhin)
JeanMarie SERMIER (Jura), Gilles LURTON (Ille-et-Vilaine), JeanPierre DOOR (Loiret), Didier QUENTIN (Charente-Maritime), devenu un adepte fervent de la lutte contre les sangliers depuis que l’une de ces bestioles faillit l’envoyer ad patres. Une mention particulière pour Julien AUBERT (Vaucluse), fondateur de Oser la France, adepte de l’interdiction totale du voile, et défenseur de l’ignominieuse chasse aux oiseaux à la glu, qu’il défend, au motif qu’il s’agit d’une tradition.

dimanche 7 juin 2020

4 septembre. Procès pour outrage et rébellion de Maré Ndiaye, aide-soignante mise en garde à vue lors de la visite de Macron à l’hôpital de campagne de Mulhouse


La morgue d’un président désincarné, déshumanisé. La lumière et l’humanité de celle qui sauve des vies : Maré Ndiaye.
Souvenez-vous. C’était le 25 mars 2020. Emmanuel Macron était à Mulhouse pour la grande opération de com’ autour d’un hôpital de campagne doté de trente lits. Les personnels soignants venus dire leur exaspération et leur mécontentement au président avaient été soigneusement tenus à l’écart derrière les grilles protégeant la marionnette masquée Macron et sa misérable opération de propagande.
Parmi eux, Maré Ndiaye, aide-soignante, un peu plus en colère que les autres, comme on peut le voir sur cette vidéo, qui s’arrête au moment où elle va être interpellée (en présence de manifestants étrangement passifs et peu solidaires).

Pour avoir crié sa colère et tenté d’interpeller Macron, cette aide-soignante de Reidisheim a été interpellée, frappée et mise en garde à vue par trois policiers, Jean-François Legrand-Desmery, Jessica Boulanger, Stéphanie Bauer, qui l’accusent de leur avoir dit : « vous êtes des chiens ».

Et comme nous sommes en France, pays où les victimes de violences policières sont systématiquement poursuivies par leurs bourreaux, elle est convoquée le 4 septembre 2020 à 8h 30 devant la chambre 120 du tribunal correctionnel de Mulhouse, pour répondre du délit d’outrage.
Elle est également poursuivie pour rébellion, accusée d’avoir, « seule et sans arme, opposé une résistance violente lors de son arrestation » aux mêmes fonctionnaires dépositaires de l’autorité publique Legrand-Desmery, Boulanger et Bauerce.


Dans cette seconde vidéo de vingt minutes, Maré Ndiaye dit sa souffrance, sa colère, son indignation, son incompréhension, avec une dignité et un infini respect. Le respect des gens qui soignent. À l’opposé de la brutalité de ceux qui cognent, dont on rappellera qu’on les appelle en argot les cognes. Et de leurs donneurs d’ordre politiques aux mains tachées de sang.


Quelques-uns des propos poignants [17’] de Maré Ndiaye.
Je respectais les hommes politiques, mais maintenant j'ai des doutes. On a l’impression qu’on n’est pas des humains. (…)
Ils m'ont plaqué par terre, ils m'ont mis des coups de pied sur le dos, dans la voiture des policiers, j’avais tellement mal au ventre que j’ai dit que j’étais enceinte pour qu’ils lèvent la pression. Je dis que c’est honteux de faire ça à une soignante.
Je ne vous dirai pas merci d’être venu à Mulhouse, monsieur Macron, parce que vous n’avez même pas écouté les soignants.
J’attire aussi l’attention de Mme Ndiaye, votre porte-parole, car elle ne doit pas être à l’aise. Ça doit être lourd de ne pas dire la vérité, de mentir tout le temps tout le temps. Je sais que vous ne devez pas être heureuse d’exercer vos fonctions, que ça ne doit pas être facile pour vous. Je tenais à vous faire partager ma souffrance. Ma souffrance, ils ne vont jamais vous la dire. Maintenant, je vous ai tout dit, j'espère que cette vidéo va être diffusée partout. Si j'ai souffert aujourd'hui, j'ai souffert au nom de tous les soignants.

jeudi 9 avril 2020

Saint-Ouen-l’Aumône (95). Contrôle d’attestation, violences policières (taser) et un procès pour outrage et rébellion pour Kevin Limoucin, 30 ans

L’affaire est rapportée par France Inter, qui montre une vidéotournée par des voisins, des violences policières subies par Kevin Limoucinmaintenu au sol et recevant des coups de taser lors d'un contrôle d'attestation covid-19.
France Inter n’oubliant pas de préciser que le contrôle a eu lieu dans le quartier de Chennevières, “connu des forces de l’ordre pour être un point de deal”.
Confiné avec sa femme et leur bébé dans leur appartement de Saint-Ouen-l’Aumône (Val-d'Oise), Kevin, 30 ans, martiniquais, se trouvait en bas de son immeuble :

«J'avais un petit souci sur ma voiture, je voulais changer les bougies si jamais il arrivait quelque chose avec mon bébé. Je venais de finir, je rentrais chez moi, lorsqu'un policier m'a dit “contrôle” »

Le policier demande à voir son attestation.

« Il ne m'a même pas dit bonjour, il m’a dit d'enlever ma casquette et de lui donner mon attestation. Je lui ai dit que j’étais devant la maison»

C'est alors que les choses dégénèrent.

« Ils m'ont tenu, ils ont mis leur genou sur la tête. Ils m’ont menotté et donné des coups de taser sur la cuisse, ils ont bien insisté. Ça m'a tellement fait mal que je n'arrivais plus à respirer. »

Son médecin, consulté après sa garde à vue, a constaté cinq jours d’incapacité totale de travail (ITT) et identifié des marques compatibles avec les lésions causées par un taser.

« J'ai des marques sur le dos, sur la cuisse, mon visage était gonflé. Ça a été violent. Je ne sais pas pourquoi la police française en arrive à faire ça, mais ce n'est pas normal»

Kevin Limoucin sera jugé en mars 2021 pour outrage et rébellion. Il a, de son côté, décidé de porter plainte auprès de l’IGPN.

jeudi 26 mars 2020

Pétition de soutien aux 600 médecins qui attaquent E. Philippe et A. Buzyn en justice

Réunis dans un collectif nommé C 19, plus de 600 médecins ont porté plainte jeudi 19 mars contre l'ancienne ministre de la Santé Agnès Buzyn et le premier ministre Édouard Philippe qu'ils accusent de « mensonge d'État » dans leur gestion de la crise d'épidémie de coronavirus. Philippe Naccache, Emmanuel Sarrazin et Ludovic Toro, les trois médecins fondateurs de ce collectif ont pour ce faire saisi la Cour de Justice de la République, seule juridiction habilitée à juger les actes commis par les membres du gouvernement dans l'exercice de leurs fonctions.
Pour ces médecins, le gouvernement était au courant des dangers liés à l'épidémie mais n'a pas agi suffisamment tôt ni pris les bonnes mesures, notamment le stockage de masques et la mise en place de tests systématiques, qui aurait permis d'isoler les "porteurs sains" capable de contaminer plusieurs personnes. Début mars, par l'usage d'un 49-3 au sortir d'un conseil ministériel prétendument consacré à la gestion de la pandémie imminente du coronavirus, nos dirigeants politiques ont révélé le danger qui émane de leurs décisions dans les moments capitaux et leur incapacité à en percevoir l'urgence.
Nous soutiendrons par la force populaire cet acte courageux et nécessaire. Ainsi, nous souhaitons participer à la dénonciation des mensonges, de l'amateurisme et de la médiocrité de nos dirigeants qui ont conduit à la gestion calamiteuse de cette crise sanitaire et à un scandale d'état. Par nos voix, nous donnons notre plein soutien et notre solidarité aux courageuses blouses blanches de notre pays, envoyées sur le front de "guerre" sans matériel.
Face à l'inacceptable, l'injustice et le mépris résister est un devoir. Dans la résistance notre essence s'exprime, dans la résistance un autre monde est possible.

Pour signer et partager cette pétition

mercredi 25 mars 2020

Ramatoulaye, 19 ans, tasée, frappée car elle n’a pas son attestation de sortie. Pendant le confinement, les violences policières continuent

On ne pensait pas avoir à évoquer si tôt dans la période de confinement les violences policières, mais voilà, c’est parti !
Et comme les médias sont très occupés à relater la colère des flics, privés, comme tant d’autres professions (mais de façon moins scandaleuse que les soignants), de masques, il y a fort à parier que le sujet ne va pas occuper les médias avant longtemps.


La scène, rapportée par le site Actu Seine-Saint-Denis, n’est pas la première du genre depuis le début du confinement. Il y a une semaine, une femme se faisait violemment menotter à terre au métro Château-Rouge, puis poursuivre pour outrage et rébellion, car elle refusait de payer la rançon en cas de non-possession de l’ausweiss du professeur Lallement permettant à tout citoyen de sortir de chez lui pour acheter sa semoule, son pain, ses pâtes, ses serviettes périodiques. La pandémie tue, mais elle épargne la violence endémique, la stupidité congénitale et le racisme intrinsèque de ces forces de l’ordre qui nous ont si peu gardés en paix, mais nous tant crevé les yeux, arraché les mains, lacrymogénisé les pupilles, gardés à vue, etc.

Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), jeudi 19 mars. Ramatoulaye B., 19 ans, sort faire des courses pour son fils, un nourrisson âgé de quelques mois. Elle se rend au magasin le plus proche, accompagnée de son petit frère de sept ans. Sur le chemin du retour, le caddie chargé de courses, tout près de chez elle, une patrouille de police contrôle son attestation de dérogation de sortie, dans le cadre du confinement lié à la propagation du coronavirus. Mais cette attestation, Ramatoulaye ne l’a pas imprimée.
« J’avais mon attestation écrite. Je devais passer au taxiphone pour l’imprimer mais il était fermé. Un autre policier, que j’avais croisé plus tôt, m’avait affirmé que l’attestation manuscrite était suffisante. J’étais juste sortie faire des courses pour nourrir mon bébé. Il n’y avait plus rien à manger pour lui, il fallait absolument que je sorte ! »
Le ton monte. La jeune femme n’a pas le temps de s’expliquer. « Tout de suite, ils se mettent à m’insulter devant mon petit frère. Sale pute ! Pétasse ! » Les insultes fusent. Seule face à huit policiers (deux s’occupent de son petit frère), Ramatoulaye admet perdre son sang-froid, mais sans violence à l’égard des policiers. « Je ne comprenais pas comment on en était arrivé là. J’étais juste sortie faire des courses. » 
Comme on le voit et l’entend sur une vidéo diffusée sur les réseaux sociauxelle reçoit un coup de taser à la poitrine. Son cri déchire le silence au moment de l’impact. Elle est ensuite plaquée au sol par un autre policier avant d’être embarquée. Mais les coups ne s’arrêtent pas là. « Dans le camion, ils ont continué à me donner, cette fois-ci, des coups de pieds en me disant que j’étais “une petite merde”. »
Arrivée au commissariat, Ramatoulaye passe une heure en cellule avant d’être relâchée.    Elle se rend chez le médecin pour faire constater ses blessures. Traumatisme épaule gauche et poignet droit, hématomes et douleurs de la cuisse gauche » dans le cadre de « coups et blessures volontaires ». Son état nécessite cinq jours d’ITT. Quatre jours après, elle confie avoir des difficultés à dormir la nuit. Son petit frère, qui a assisté à la scène, est traumatisé. Elle souhaite déposer plainte au commissariat de police« Mais on m’a dit qu’avec le coronavirus, tout se faisait ligne. »
On ne sait pas si Ramatoulaye a été poursuivie pour outrage et rébellion.

samedi 22 février 2020

”Allô place Beauvau ?” (David Dufresne) : un 26e Gilet jaune éborgné par la police

Selon David Dufresne, qui tient le décompte des violences policières dans le cadre de la répression féroce des manifestations des Gilets jaunes, une 26e personne vient de perdre un œil. Le bilan de la répression s'établit désormais à 26 éborgnés, entre novembre 2018 et février 2020. 

mercredi 19 février 2020

Le procès du journaliste Taha Bouhafs (pour outrage et rébellion) renvoyé au 8 janvier 2021

Mardi 25 février 2020
 avait lieu devant le TGI de Créteil le procès de Taha Bouhafs, jugé pour outrage et rébellion, après avoir été violemment interpellé lors d’un rassemblement de soutien à des travailleurs sans-papiers de Chronopost à Alfortville (Val-de-Marne)* le 11 juin 2019, au cours duquel son téléphone avait été confisqué. Cette interpellation lui avait valu 10 jours d’ITT.


* À noter que ces travailleurs sans-papiers ont obtenu gain de cause et leur régularisation.