mardi 25 novembre 2008

Chroniques (outragées) de la République Banania (1)

Le manant téméraire, le prince outragé, le scooter et les juges malades de la trouille.
Dans une de ses plus cinglantes fables, Les animaux malades de la peste, La Fontaine faisait mouche avec cette formule (empruntée à Plaute): "Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir." Cette formule, qui a fait le bonheur des échotiers, des moralistes et des philosophes de comptoir, ne s’est jamais démentie depuis. A moins d’être totalement inculte, de se tenir assez peu informé des choses de la cité ou de pratiquer la langue de bois la plus vermoulue qui soit, nul ne peut ignorer à quel point la justice est, très souvent, une justice "de classe", quand il ne s’agit pas d’une justice d’exception. Des tribunaux militaires de la guerre 14 aux tribunaux d’exception du régime collabo de Vichy, en passant par les lois scélérates, les erreurs judiciaires, les affaires d’Etat classées qui ont fait le déshonneur de la République, la répression judiciaire des luttes militantes (voir la récente condamnation du DAL pour le soutien aux mal-logés rue de la Banque, les poursuites contre les militants du RESF ourdies par de zélés préfets, dont certains doivent cultiver en secret la nostalgie du régime sus-nommé), on croyait, en France, avoir tout vu. On se trompait. Avec l’élection de Nicolas Sarkozy, on a passé un cap… (On ne parlera pas ici des affaires Eon, Bertrand, et autres babioles vaudoues, qui font tout le prestige et la grandeur éternelle, quasi-gaullienne, de notre président.)
Si tout le monde a entendu parler de "dénonciation calomnieuse", la plupart de nos concitoyens ont appris récemment qu’une épée de Damoclés plus terrible encore, une sorte de procédure d’intimidation massive planait au-dessus de leur pauvre petite tête de manants: la "procédure abusive et téméraire". Abusive, soit. Le mot est parlant, et se conçoit aisément au niveau du droit, comme un rempart. Mais téméraire? Même si, vérification faite, le mot existe bel et bien dans le droit civil, on est là dans un tout autre registre. Téméraire, cela évoque la hardiesse, l’audace, l’impudence belliqueuse de ceux, qu’en d’autres temps, on appelait les "chevaliers"… Et c'est un de ces chevaliers des temps modernes dont il est question ici.
Le Don Quichotte en question s’appelle M’hamed Bellouti. Il a 37 ans, son destrier carbure au sans-plomb 95, il est actuellement au chômage, il vit à Saumur et sa quête lui a déjà coûté la bagatelle de 5.000€. Et l’obstacle qu’il a fort impudemment heurté avec sa lance n’est pas un moulin, mais un scooter. Le scooter de Jean Sarkozy. Autrement dit, le carosse (à 2 roues) du Prince (du 9.2). M’hamed Bellouti, donc, entre en collision avec un scooter, place de la Concorde, à Paris, le 14 octobre 2005. Le conducteur du scooter prend la fuite, non sans s’être, semble-t-il, débarassé des plus élémentaires convenances en levant un doigt offensant. Bellouti enregistre l'immatriculation du scooter avec son téléphone portable, porte plainte, demande réparation (261€). S’en suit un feuilleton médiatico-judiciaire, très bien résumé sur Le Post. Un procès a lieu, très médiatisé. 4h30 de débats pour un scooter. Le 29 septembre 2008, le verdict tombe, implacable, ridicule, on aurait presque envie de dire… sarkozien! Le plaignant est non seulement débouté, mais condamné aux dépens à une amende de 2.000€ pour procédure abusive et téméraire.
Ecœuré par ce déni de justice qui ressemble comme deux gouttes d’eau à… un OUTRAGE (l’outrage fait au citoyen lambda, bon qu’à voter et à fermer sa gueule, et dont aucun juge ne parlera jamais), M’hamed Bellouti fait appel. Jean Sarkozy, nullement effarouché, protégé par ses nagy-bosciennes et élyséennes ascendances, culotté comme on sait l’être à Neuilly, n’écoutant que son courage princier, monte à sa chambre, endosse sa panoplie de Prince Charming shrékien (photo ci-contre, garantie sans Photoshop), et il fait aussi appel, afin de réclamer encore plus de sarkozine pour mettre dans son scooter (le pauvre chérubin avait réclamé 4.000€ de dommages-intérêts en première instance: au prix où est le plein de super, les 2.000€ accordés par les juges relèvent de l’obole!).
En attendant le procès en appel (5 mars 2009), M’hamed Bellouti organise sa riposte. Comme il l’écrit au CODEDO, "il est des moments où la solitude face à l’injustice est un lourd fardeau". (Ce n’est pas un outrageur outragé qui le contredira.) Créé par deux travailleurs sociaux à la retraite de Saumur, son comité de soutien (leur site se trouve ICI) a organisé le 28 novembre à Saumur une réunion d'information, à laquelle étaient présentes 70 personnes. Et comme M’hammed Bellouti est fauché, ses amis ont lancé une souscription pour l'aider à payer ses frais d'avocats. On peut envoyer des sous à cette adresse. 
Comité de soutien M’hamed Bellouti - BP 90044 - 49402 Saumur cedex

2 commentaires:

Ashash a dit…

Pauv citoyen lésé qui roule en merco et tamponnent les scooter ...
J'ai vraiment envie de pleurer qu'il ait pas réussi son coup médiatique, c'est vraiment trop dégueulasse !

éric a dit…

moi je me suis fait tiré mon scooter par un ptit blondinet de neuilly qui ne savait pas conduire et qui a dérapé sur une plaque d'huile devant la mairie, il est tout cassé, il s'est démis la cervelle qui devait être trop petite, je risque d'être mis en prison ?