vendredi 29 novembre 2019

Le nouveau CRUSH 44 : ces petits jouets du capitalisme colonial

En pleine répression des manifestations contre la Loi El Khomri et au lendemain de la manifestation de l’extrême-droite policière place de la République, en marge de laquelle une voiture de police avait été incendiée, conséquence prévisible de l’escalade des violences policières au cours des derniers mois, un nouveau fabricant d’armes a fait son apparition, SECURENGY. L’entreprise propose une arme de 44 mm dite de “force intermédiaire” (comprendre “qui n’est pas faite pour tuer, mais peut éventuellement tuer quand même”), le CRUSH 44.
La suite sur le site Désarmons.net
Vidéo de démonstration

12 décembre 2019, Montpellier. Procès de Camille Halut, observatrice de la LDH, poursuivie pour rébellion et dissimulation de visage

Le 12 décembre 2019 aura lieu à Montpellier le procès de Camille Halut, militante et observatrice de la Ligue des droits de l’homme, dont Amnesty International dresse ici le portrait.
Son délit : avoir refusé de donner son appareil photo à un policier  (le chef de la Sûreté local) lors d’une manifestation pour le climat à Montpellier, alors que le droit international reconnaît ce statut d’observateur.
Pour une fois, la “justice” n’invoque pas le classique délit d’outrage. Camille est poursuivie pour dissimulation de visage et rébellion.

RAPPELS ET PROSPECTIVES : UNE JUSTICE RENDUE CONTRE LE PEUPLE

Rappelons que le délit de dissimulation de visage (passible d’un an d’emprisonnement et de 1.500 € d’amende) fut voté sous Sarkozy en 2010, dans le contexte du débat sur le voile.
Si le délit de rébellion (beaucoup moins utilisé que celui d’outrage) est passible de la même peine, on notera que celui de rébellion armée porte la peine à cinq ans de prison et 75.000 € d’amende. Au train où vont les choses dans une France où des policiers contrôlent une passante parce qu’elle lit un livre déplaisant à la police [Dernière sommation, de David Dufresne], il n’est pas interdit d’imaginer que des magistrats animés par une servilité qui leur fait perdre de vue ce pour quoi ils sont censés rendre la justice – c’est-à-dire au nom du Peuple, et non pas contre le Peuple –, en viendront, dans un avenir dont il est à craindre qu’il soit encore plus sombre pour les libertés publiques, à considérer l’appareil photo d’un journaliste (ou d’une observatrice d’une association de défense des droits humains) comme une arme par destination… Fin de la parenthèse.

UN PROCÈS AUX ENJEUX CAPITAUX

D’où l’importance de ce procès, qui n’est pas un procès comme un autre (même s’il s’inscrit dans la spirale totalitaire qui anime la ”justice” depuis le début de la répression des Gilets jaunes) puisque, pour la première fois, et après le procès du journaliste Gaspard Glanz (condamné à 300 € d’amende pour outrage pour un doigt d’honneur à un policier), une observatrice de la LDH est poursuivie en justice. Dans cette interviewe fort instructive (6 novembre), Camille Halut explique comment le statut d’observateur s’articule et rappelle la volonté évidente de mutiler de la police française sous le régime des Macron-Strodza-Lallement-Castaner.
Camille Halut avait été relaxée le 1er octobre dans une affaire similaire, où elle était poursuivie pour “entrave à la circulation”, alors qu’elle faisait partie d’une mission d’observation de la LDH lors d’une manifestation où les Gilets jaunes avaient bloqué une autoroute en avril 2019. Les juges avaient estimé que la police avait cherché une infraction a posteriori. Elle avait à l’époque effectué 56 heures de garde à vue.
Procès de Camille Halut (1er octobre 2019)


Le tribunal a rendu son verdict le 16 janvier 2020 : Camille Halut est relaxée.

lundi 25 novembre 2019

Les promesses du président Sebastián Piñera aux carabiniers se concrétisent : la France va apporter son savoir-faire au Chili, en matière de répression

Ill. Nantes Révoltée
Dimanche 24 novembre 2019, 37e jour de mobilisation au Chili (rappelons que son point de départ fut une révolte contre l’augmentation du ticket de métro), le président Sebastián Piñera, en visite à l’École des sous-officiers des carabiniers, a communiqué une série de mesures liées à la situation de crise sociale, sous la forme d’un projet de loi pour que les forces armées puissent collaborer dans la protection des infrastructures du pays, déclarant : “Nos carabiniers et la police d’investigation ont besoin du soutien du gouvernement pour restaurer la dignité de notre police.”
Son discours est visible ici.
Le président multimilliardaire chilien a également évoqué le nombre de troupes qui entreront au service actif des carabiniers et de la police d'investigation (PDI) dans les prochaines semaines, après certaines dispositions prises dans le domaine de l'ordre public, déclarant :
“Je tiens à annoncer que, grâce à la réintégration du personnel récemment retraité avec de bonnes qualifications, et à l'anticipation de la remise des diplômes des nouvelles générations des écoles d'officiers et de sous-officiers des carabiniers et de la police d'investigation, dans les 60 prochains jours, nous allons augmenter de 4.354 le nombre de carabiniers et de policiers pour protéger la paix et la sécurité des citoyens.”
Cet accord pour la “paix et la sécurité”, véritable insulte aux victimes de la répression, qui constitue ni plus ni moins un appel à la reddition par la force, comprend :
* La réintégration des policiers à la retraite
* Une sortie anticipée des écoles de police (sans instruction complète)
* Plus de ressources pour les carabiniers
* Plus de pouvoirs pour les carabiniers (modernisation)
* Plus d’attributions présidentielles (militaires à la rue sans état d’exception)
* Conseil international en matière de police (France, Espagne et Angleterre).
Ces informations sont confirmées mardi 26 novembre par le sous-secrétaire d’État à l’Intérieur Rodrigo Ubilla sur le site (en espagnol) El Mostrador.
La France, qui avait déjà apporté son aide au régime du général Pinochet en 1973, comme le rappelle Nantes Révoltée, va donc apporter son aide et son sinistre savoir-faire en matière de maintien de l’ordre et de répression au Chili.

dimanche 24 novembre 2019

Chili. Daniela Carrasco, Albertina Martinez Burgos, Carolina Muñoz Manguello, trois femmes victimes des escadrons de la mort

La sanglante répression par les carabiniers, la police militaire du Chili, pays où 23 personnes ont été tuées, 220 éborgnées, 2.500 blessées, des femmes violées (70 plaintes de violences sexuelles par les forces de l’ordre), 7.000 arrêtées, s’est accompagnée de ce qu’il faut bien appeler des “escadrons de la mort” (de sinistre mémoire en Argentine et d’autres ex-dictatures d’Amérique latine), dont certains, on le lira plus bas, ne se donnent même pas la peine d’agir en secret.


  En octobre, Daniela Carrasco, 36 ans, artiste de rue surnommée La Mimo car elle apparaissait déguisée en clown, était découverte pendue à un arbre, quelques heures après son arrestation par la police, après avoir été violée et torturée (après que l’on eût tenté de faire croire à un suicide…).
  Le 22 novembre, Albertina Martinez Burgos, 38 ans, photographe militante ayant couvert les manifestations et effectué un travail d’investigation sur les violences militaires et policières au Chili, était retrouvée assassinée chez elle. Tous ses disques durs ont disparu. À lire sur le site Persil.
  Le même jour, Carolina Muñoz Manguello est enlevée pendant une manifestation, comme le rapporte Tenemos Notifias qui publie la vidéo de l’enlèvement [ci-dessous] dans un article intitulé : Comme sous Pinochet. Comment les carabiniers font disparaître des manifestants. Elle n’a pas reparu depuis.
À ces trois exemples, qui constituent la partie visible de cet iceberg de terreur imposée par un régime qui n’a rien à envier à celui de Pinochet sur des manifestants (en l’occurence, des femmes), ajoutons le cas, rapporté par le site piensaChile.com, de cette femme déshabillée par des militaires lors d’une manifestation, sur la place du tribunal, dans la ville de Concepción.
 
À l’image d’un Castaner ou d’un Macron niant les violences policières contre les Gilets jaunes, le président chilien Sebastian Piñera, dont on connaît les nombreuses « parentés » avec le régime Pinochet, a déclaré : « Il y a eu un usage excessif de la force,  il y a eu des abus et on n’a pas respecté les droits de tous ».
Si l’on n’en est, fort heureusement, pas encore arrivé à ce stade en France, il convient néanmoins de remarquer les similitudes entre un régime chilien qui tue des manifestants pour faire peur et un régime macronien qui crève les yeux des manifestants pour les mêmes raisons. On rappellera que l’actuel préfet de police, Didier Lallementdéclara récemment à une manifestante Gilets jaunes, mettant son mouchoir par-dessus son devoir de neutralité républicain : « Nous ne sommes pas dans le même camp, madame ! », assertion qui vient à point pour rappeler que 

samedi 23 novembre 2019

Big Brother à Metz. Quand la police contrôle une passante au motif qu’elle lit “Dernière sommation” de David Dufresne

Samedi 12 octobre, Zoé 21 ans, est à Metz pour profiter du festival de la bière. À 13 h, indécise sur la suite de sa journée, elle décide de s’installer sur un banc devant la gare et de lire un livre acheté la veille, Dernière sommation (Grasset), le premier roman du journaliste David Dufresne, qui s’illustre depuis plusieurs mois en interpellant le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, sur l’usage de la violence par les forces de l’ordre lors des manifestations des gilets jaunes, en compilant, notamment, les blessures infligées et les actes litigieux avec le hashtagAllo @place_beauveausur Twitter.
                       Cette histoire est racontée sur Webullition.
Profitons de l’occasion pour rappeler l’utilité publique d’un autre livre sur le sujet des violences policières et de la gestion de ce qu’on appelait au siècle dernier le “maintien de l’ordre” (un glissement sémantique ayant remplacé le mot “ordre” par celui de “répression”).

Plus discrètement paru en 2016 chez un petit éditeur et écrit par quelqu’un qui vécut l’horreur dans sa chair puisqu’il perdit un œil dans une manifestation nantaise, La Larme à l’œil, de Pierre Douillard-Lefèvre, mériterait d’être relu à l’aune de l’actualité, en ce qu’il annonce on ne peut mieux (ou plutôt, on ne peut pire) ce qui est en train de se passer sous nos yeux (pour celles et ceux qui ont encore la chance de ne pas les avoir perdus) : la dérive de la République en un État policier (qui commence à faire des jaloux dans certains régimes autoritaires), sous le règne du quatuor Macron-Strodza-Beloubet-Castaner, qui atteint un inquiétant paroxysme avec l’arrivée à la préfecture de police de Paris de l’effrayant Didier Lallement, dont certaines mauvaises langues n’hésitent pas à dire qu’il ferait l’admiration posthume du champion toutes catégories ès-répressions Maurice Papon.

On rappellera – ce qui n’est pas assez fait – la lourde responsabilité, dans ces actualités inquiétantes, de celui qui, en tant que président de la République, fut le premier à couvrir et systématiser les nasses policières, les manifestations circulaires autour de bassin urbain, les provocations policières et les opérations de propagande médiatiques qui sont leur corollaire et, in fine, l’interdiction de manifester comme seule solution prônée par un pouvoir aux abois pour répondre à la révolte des Gilets jaunes : un certain François Hollande !

Dernière sommation, de David Dufresne (Grasset, 2019)
La Larme à l’œil, violences d’État et militarisation de la police, de Pierre Douillard-Lefévre (Le Bord de l’eau, 2016).

mercredi 13 novembre 2019

Gilets jaunes, An II. Quand la RATP réquisitionne son personnel pour épauler la police et fouiller les voyageurs potentiellement Gilets jaunes

L’approche de la journée de grève du 5 décembre et du premier anniversaire du mouvement des Gilets jaunes, rend fébrile le gouvernement Philippe-Macron-Castaner-Belloubet et le préfet de police de Paris.
Comme en témoigne cette directive interne en date du 12 novembre 2019 adressée aux personnels de la RATP, à qui on demande d’être les supplétifs des forces de police, le pouvoir a peur et est prêt à tout pour empêcher la révolte du peuple. Y compris à promulguer des mesures qui font qu’il est raisonnable de considérer que la France n’est plus un État de droit.

Du 14 novembre au 17 décembre 2019, les agents du service interne de sécurité de la RATP peuvent, outre l’inspection visuelle des bagages à main et, avec le consentement de leur propriétaire, à leur fouille, à des palpations de sécurité

samedi 2 novembre 2019

Pot commun pour payer les frais judiciaires délirants du militant antifasciste Antonin Bernanos

Pendant plus de six mois, le militant antifasciste Antonin Bernanos a subi un véritable acharnement judiciaire de la part de l'institution judiciaire et de l’administration pénitentiaire. Malgré l'absence totale d’éléments à charge contre lui, il a été maintenu en détention par les appels systématiques du parquet de Paris pour contrer les ordonnances de mise en liberté prononcées à plusieurs reprises par la justice.
Le 24 octobre, le juge des libertés et de la détention, Charles Prats, a ordonné la libération provisoire d'Antonin, dans un contexte où l'instruction était bien incapable d'apporter le moindre élément nouveau, du fait de l'incompétence prononcée de la juge d'instruction et du vide flagrant de ce dossier. Charles Prats, magistrat dont les positions réactionnaires et la haine des antifascistes ont été révélées dans la presse [papier sur le présent site ici], a conditionné, entre autres, la libération d'Antonin :

  • - au cautionnement du montant délirant de 10.000 € (ramené à 3.000 € par la chambre de l’instruction)
  • - à une assignation à résidence loin de la région parisienne où Antonin et ses proches résident et où il suit ses études
  • - à une interdiction de manifestation alors même que l'affaire pour laquelle il est mis en cause ne s'inscrit aucunement dans le cadre d'une manifestation
  • - à une obligation de « soins psychiatriques » qui est une vieille manière d'individualiser la lutte sociale et de lui assigner un caractère pathologique
Pour apporter votre contribution financière aux nombreuses dépenses qui ont déjà été faites (frais d'avocats, frais liés à la détention, frais logistiques) et qui restent à faire jusqu’au procès, le pot commun se trouve ici.