samedi 28 décembre 2019

“Macron Ier et les soudards de la raie-publique”, conte de Noël

Pour fêter l’entrée prochaine dans la douzième année du site du CODEDO, et à défaut de fêter l’abrogation du délit d’outrage, notre webmestre a concocté un conte de Noël névralgique et énervé, inspiré par la géniale caricature du dessinateur roumain Bogdan Petry, qui ne pourra pas tomber sous le coup de la loi, le délit d’offense au chef de l’État ayant été supprimé en 2013.

Tout petit, Emmanuel Macron, enfant surdoué de la bonne bourgeoisie d'Amiens, parents médecins, rêvait de Thiers, Néron, Napoléon, Lino Ventura, qui lui serviront de modèle pour ses figurines en pâte à modeler. Sa mère, qui préfère le parquet au lino, détruit  les miniatures du catcheur. Le jeune homme en éprouvera une aversion totale pour le sport et le 7e art et se réfugiera dans le théâtre. C’est ainsi qu’il tombera amoureux de celle qui l'initiera aux émois de la chair, de vingt-cinq ans son aînée, membre de l’illustre famille Trogneux, cinq générations de savoir-faire. Macron, macaron, il suffit d’ajouter un ”a” : celui de l’amour, bien sûr ! (…)

Cédric O, le secrétaire d’État au Numérique obsédé par la reconnaissance faciale


Avant d’être secrétaire d’État au Numérique, Cédric O, ex-Strauss-Kahn boy, ex-directeur de campagne-adjoint de François Hollande, était chargé de mission chez Safran, le puissant groupe technologique français né en 2005 de la fusion de Snecma et de Sagem. C’est aussi lui qui organisa la rencontre entre Macron et Marc Zuckerberg, patron de Facebook. L’homme, rappelle le Parisien, qui dresse ici son CV, rabroua également Benalla. C’est dire si c’est un foudre de guerre !
Dans une interview au Parisien, O déclare que le gouvernement envisage une expérimentation de la reconnaissance faciale dans les lieux publics, qui devrait durer de six mois à un an, “sous la supervision de la société civile et de chercheurs.” Et non pas par le ministère de l’Intérieur, comme seraient tentés de le croire les Gilets jaunes et les grévistes séditieux qui prennent le pays en otage. Le règlement général sur la protection des données (RGPD) interdisant “l'utilisation de la reconnaissance faciale sans le consentement des personnes qui y sont soumises”, seuls les individus qui auront donné leur accord seront donc identifiés durant ce laps de temps. Pour l'heure, il est encore difficile d’obtenir davantage de détails sur ce test. “En France, Thales (via Gemalto) et Idemia travaillent sur ces technologies mais le nom d'aucun industriel n'a filtré.” 
Cédric O dévoile également un projet du gouvernement le plus liberticide depuis la guerre d’Algérie : ALICEM (pour Authentification en ligne certifiée sur mobile), présentée sur le site du ministère de l’Intérieur comme la première solution d’identité régalienne sécurisée. Dans un pays où les usages régaliens admettent que la police peut crever les yeux des manifestants sans être inquiétée, la formule laisse songeur.
Infographie Le Parisien
Utilisant un vocabulaire quelque peu guerrier et une pléthore d’adverbes, et tout en prévenant ne pas être certain qu’elle soit un jour déployée, Cédric O abonde aussitôt dans le sens inverse : “Le jour où nous déploierons largement une solution d’identité numérique, nous proposerons nécessairement une alternative à la reconnaissance faciale pour s’enrôler [sic]. Il y aura probablement une manière physique’ de s’inscrire, en se déplaçant au guichet – dans votre mairie, par exemple.”
Dans une lettre commune, 80 associations, dont l’Observation des libertés et du numérique, craignant que ce nouvel avatar de la macronie ne bride quelques libertés essentielles, lancent un appel demandant l’interdiction de la reconnaissance faciale sécuritaire, que l’on peut lire sur le site de la Ligue des droits de l’Homme.

vendredi 27 décembre 2019

A quand un autre maintien de l'ordre dans les manifestations en France ?

La question est posée par Amnesty International.

Oriana, 30 ans, tabassée par les flics à Créteil, jugée pour outrage en octobre 2020

Les habitué/e/s de ce site savent à quel point le scénario est devenu banal dans une France où le flic de base est au-dessus des lois : tout policier coupable de violences envers un citoyen, quelles que soient les circonstances, porte plainte pour outrage contre sa victime. C’est devenu l’un des principes de base de ce qu’il faut bien appeler l’adéontologie policière.
C’est l’une des 10 raisons pour lesquelles le CODEDO demandait en 2008 la dépénalisation de ce délit inique, dont l’utilisation est devenue exponentielle avec la sauvage répression du mouvement des Gilets jaunes, où nombre de manifestants ont été poursuivis, pour des motifs aberrants, dans le but, purement politique, de terroriser la population en guerre contre le macronisme, et condamnés par des magistrats qui ne rendent plus la justice au nom du Peuple mais contre le Peuple !

Très souvent, les violences sont encore plus terribles lorsque la victime des policiers est une femme. Comme en témoigne ce qui est arrivé à Oriana, une jeune femme de 30 ans, interpellée le 16 décembre 2019 à Créteil, lors d’un contrôle routier et tabassée par les hommes en bleu.

Interpellée le 16 décembre lors d’un contrôle routier consécutif à un accident de la circulation,  Oriana, 30 ans, habitante de Boissy-Saint-Léger (Val-de-Marne), a été très violemment tabassée par des policiers ! Après une soirée bien arrosée, elle prend sa voiture avec une amie. Les jeunes femmes percutent une camionnette dont les occupants appellent la police. Contrôle d’alcoolémie. Oriana ne parvient pas à souffler dans le ballon. L’un des policiers lui met une “balayette” et la plaque au sol, face contre terre. Les flics la menottent et lui donnent des coups de pied au visage et dans le dos. De nouveau frappée dans le véhicule de police, elle est finalement envoyée aux urgences où elle passe un scanner. Bilan : deux points de suture derrière la tête, un bout de dent cassé, des bleus partout sur le corps et au visage, comme le montrent des photos qui se passent de commentaires, qui lui valent 7 jours d’ITT.
À la suite de quoi, trois policiers portent plainte pour outrage à agent et violences sur personne dépositaire de l'autorité publique. Placée en garde à vue, Oriana comparaît en comparution immédiate le lendemain, 17 décembre. Suite à l'intervention de son avocat, l'audience est renvoyée au 5 octobre 2020 devant le TGI de Créteil. À la sortie du tribunal, elle souhaite porter plainte au commissariat de Créteil et de Boissy-saint-Léger, où elle réside. Contrairement au code de procédure pénale, les agents refusent de prendre sa plainte. Elle dépose donc une plainte auprès de l’IGPN, où elle a été entendue vendredi dernier.
Les flics, bien évidemment, livrent une autre version des faits, que l’on peut lire sur FranceBleu, allant jusqu’à dire qu’elle s’est blessée en se cognant à sa voiture !

David Perrotin a recueilli le témoignage d’Oriana pour Loopsider.

VIOLENCES FAITES AUX FEMMES PAR LES POLICIERS : UNE FÂCHEUSE TRADITION FRANÇAISE ?

Cette terrible histoire de violation des droits humains par des policiers qui se laissent de plus en plus aller à commettre toutes sortes de forfaitures, sachant qu’ils seront couverts par leur hiérarchie, et par une IGPN totalement dépendante de la place Beauvau – plus encore depuis qu’elle est dirigée par Brigitte Julien, qui récusait en juin 2019 l’idée même de violences policières – en rappelle bien d’autres !
En voici deux, parmi bien d’autres :


1. L’histoire de Siham, tabassée le 24 janvier 2009 par des policiers pour avoir tiré la langue et craché par terre au passage d’un fourgon de police et poursuivie pour outrage. Un des flics lui avait frappé la tête contre le mur en lui disant : “On n’en a rien à foutre de tes bijoux de merde ! ” Au cours de l'audience (30 octobre 2009), au cours de laquelle furent requis 300 € d’amende, on entendit un procureur s’exclamer : “Ce n'est pas très élégant de cracher par terre, mademoiselle. Surtout pour une femme !”

Deux amies rentrant du restaurant en voiture, le 25 août 2007 à 2h30 du matin, avaient été interpellées et violemment tabassées par des policiers. Le procès qui devait avoir lieu a été maintes et maintes fois reporté. On ne sait quand [et si] il aura lieu, étant donné l’invraisemblance des faits reprochés à Agathe, poursuivie pour outrage et défendue par Me Antoine Comte.

samedi 7 décembre 2019

Toulouse. La justice considère le fauteuil roulant d’Odile Maurin, militante handicapée, comme une ”arme par destination” et la condamne à deux mois de prison avec sursis

Chaque procès pour outrage est en soi un scandale. L’utilisation de ce délit inique pour réprimer le mouvement des Gilets jaunes et cautionner la répression brutale par une police qui n’a plus de limites dans la violence, la connerie et la barbarie, multiplie le scandale au centuple.
Les sommets de l’ignominie sont atteints avec celui qui vient de se tenir à Toulouse contre Odile Maurin, militante handicapée dont une justice qui ne juge plus au nom du peuple mais contre le peuple vient de faire de son fauteuil roulant une arme par destination. Condamnée à deux mois de prison avec sursis, elle est aussi, comme le rappelle La Dépêche, interdite de manifestation en Haute-Garonne pendant un an.
Son crime ? Avoir bloqué la lance à eau d’un CRS en s’interposant avec son fauteuil roulant, lors d’une manifestation des Gilets jaunes le 30 mars à Toulouse. Son avocat, Me Pascal Nakache, a annoncé son intention de faire appel du jugement.
Odile Maurin était également accusée d'outrage aux forces de l'ordre suite à cette altercation, et d'avoir incité à porter atteinte à l'intégrité physique d'une commissaire en affichant sa photo sur ses réseaux sociaux, la désignant comme "la gazeuse en chef". Pour ces faits, elle a été jugée non coupable.
L’affaire est aussi relatée en détail sur France 3 Occitanie.

vendredi 29 novembre 2019

Le nouveau CRUSH 44 : ces petits jouets du capitalisme colonial

En pleine répression des manifestations contre la Loi El Khomri et au lendemain de la manifestation de l’extrême-droite policière place de la République, en marge de laquelle une voiture de police avait été incendiée, conséquence prévisible de l’escalade des violences policières au cours des derniers mois, un nouveau fabricant d’armes a fait son apparition, SECURENGY. L’entreprise propose une arme de 44 mm dite de “force intermédiaire” (comprendre “qui n’est pas faite pour tuer, mais peut éventuellement tuer quand même”), le CRUSH 44.
La suite sur le site Désarmons.net
Vidéo de démonstration

12 décembre 2019, Montpellier. Procès de Camille Halut, observatrice de la LDH, poursuivie pour rébellion et dissimulation de visage

Le 12 décembre 2019 aura lieu à Montpellier le procès de Camille Halut, militante et observatrice de la Ligue des droits de l’homme, dont Amnesty International dresse ici le portrait.
Son délit : avoir refusé de donner son appareil photo à un policier  (le chef de la Sûreté local) lors d’une manifestation pour le climat à Montpellier, alors que le droit international reconnaît ce statut d’observateur.
Pour une fois, la “justice” n’invoque pas le classique délit d’outrage. Camille est poursuivie pour dissimulation de visage et rébellion.

RAPPELS ET PROSPECTIVES : UNE JUSTICE RENDUE CONTRE LE PEUPLE

Rappelons que le délit de dissimulation de visage (passible d’un an d’emprisonnement et de 1.500 € d’amende) fut voté sous Sarkozy en 2010, dans le contexte du débat sur le voile.
Si le délit de rébellion (beaucoup moins utilisé que celui d’outrage) est passible de la même peine, on notera que celui de rébellion armée porte la peine à cinq ans de prison et 75.000 € d’amende. Au train où vont les choses dans une France où des policiers contrôlent une passante parce qu’elle lit un livre déplaisant à la police [Dernière sommation, de David Dufresne], il n’est pas interdit d’imaginer que des magistrats animés par une servilité qui leur fait perdre de vue ce pour quoi ils sont censés rendre la justice – c’est-à-dire au nom du Peuple, et non pas contre le Peuple –, en viendront, dans un avenir dont il est à craindre qu’il soit encore plus sombre pour les libertés publiques, à considérer l’appareil photo d’un journaliste (ou d’une observatrice d’une association de défense des droits humains) comme une arme par destination… Fin de la parenthèse.

UN PROCÈS AUX ENJEUX CAPITAUX

D’où l’importance de ce procès, qui n’est pas un procès comme un autre (même s’il s’inscrit dans la spirale totalitaire qui anime la ”justice” depuis le début de la répression des Gilets jaunes) puisque, pour la première fois, et après le procès du journaliste Gaspard Glanz (condamné à 300 € d’amende pour outrage pour un doigt d’honneur à un policier), une observatrice de la LDH est poursuivie en justice. Dans cette interviewe fort instructive (6 novembre), Camille Halut explique comment le statut d’observateur s’articule et rappelle la volonté évidente de mutiler de la police française sous le régime des Macron-Strodza-Lallement-Castaner.
Camille Halut avait été relaxée le 1er octobre dans une affaire similaire, où elle était poursuivie pour “entrave à la circulation”, alors qu’elle faisait partie d’une mission d’observation de la LDH lors d’une manifestation où les Gilets jaunes avaient bloqué une autoroute en avril 2019. Les juges avaient estimé que la police avait cherché une infraction a posteriori. Elle avait à l’époque effectué 56 heures de garde à vue.
Procès de Camille Halut (1er octobre 2019)


Le tribunal a rendu son verdict le 16 janvier 2020 : Camille Halut est relaxée.

lundi 25 novembre 2019

Les promesses du président Sebastián Piñera aux carabiniers se concrétisent : la France va apporter son savoir-faire au Chili, en matière de répression

Ill. Nantes Révoltée
Dimanche 24 novembre 2019, 37e jour de mobilisation au Chili (rappelons que son point de départ fut une révolte contre l’augmentation du ticket de métro), le président Sebastián Piñera, en visite à l’École des sous-officiers des carabiniers, a communiqué une série de mesures liées à la situation de crise sociale, sous la forme d’un projet de loi pour que les forces armées puissent collaborer dans la protection des infrastructures du pays, déclarant : “Nos carabiniers et la police d’investigation ont besoin du soutien du gouvernement pour restaurer la dignité de notre police.”
Son discours est visible ici.
Le président multimilliardaire chilien a également évoqué le nombre de troupes qui entreront au service actif des carabiniers et de la police d'investigation (PDI) dans les prochaines semaines, après certaines dispositions prises dans le domaine de l'ordre public, déclarant :
“Je tiens à annoncer que, grâce à la réintégration du personnel récemment retraité avec de bonnes qualifications, et à l'anticipation de la remise des diplômes des nouvelles générations des écoles d'officiers et de sous-officiers des carabiniers et de la police d'investigation, dans les 60 prochains jours, nous allons augmenter de 4.354 le nombre de carabiniers et de policiers pour protéger la paix et la sécurité des citoyens.”
Cet accord pour la “paix et la sécurité”, véritable insulte aux victimes de la répression, qui constitue ni plus ni moins un appel à la reddition par la force, comprend :
* La réintégration des policiers à la retraite
* Une sortie anticipée des écoles de police (sans instruction complète)
* Plus de ressources pour les carabiniers
* Plus de pouvoirs pour les carabiniers (modernisation)
* Plus d’attributions présidentielles (militaires à la rue sans état d’exception)
* Conseil international en matière de police (France, Espagne et Angleterre).
Ces informations sont confirmées mardi 26 novembre par le sous-secrétaire d’État à l’Intérieur Rodrigo Ubilla sur le site (en espagnol) El Mostrador.
La France, qui avait déjà apporté son aide au régime du général Pinochet en 1973, comme le rappelle Nantes Révoltée, va donc apporter son aide et son sinistre savoir-faire en matière de maintien de l’ordre et de répression au Chili.

dimanche 24 novembre 2019

Chili. Daniela Carrasco, Albertina Martinez Burgos, Carolina Muñoz Manguello, trois femmes victimes des escadrons de la mort

La sanglante répression par les carabiniers, la police militaire du Chili, pays où 23 personnes ont été tuées, 220 éborgnées, 2.500 blessées, des femmes violées (70 plaintes de violences sexuelles par les forces de l’ordre), 7.000 arrêtées, s’est accompagnée de ce qu’il faut bien appeler des “escadrons de la mort” (de sinistre mémoire en Argentine et d’autres ex-dictatures d’Amérique latine), dont certains, on le lira plus bas, ne se donnent même pas la peine d’agir en secret.


  En octobre, Daniela Carrasco, 36 ans, artiste de rue surnommée La Mimo car elle apparaissait déguisée en clown, était découverte pendue à un arbre, quelques heures après son arrestation par la police, après avoir été violée et torturée (après que l’on eût tenté de faire croire à un suicide…).
  Le 22 novembre, Albertina Martinez Burgos, 38 ans, photographe militante ayant couvert les manifestations et effectué un travail d’investigation sur les violences militaires et policières au Chili, était retrouvée assassinée chez elle. Tous ses disques durs ont disparu. À lire sur le site Persil.
  Le même jour, Carolina Muñoz Manguello est enlevée pendant une manifestation, comme le rapporte Tenemos Notifias qui publie la vidéo de l’enlèvement [ci-dessous] dans un article intitulé : Comme sous Pinochet. Comment les carabiniers font disparaître des manifestants. Elle n’a pas reparu depuis.
À ces trois exemples, qui constituent la partie visible de cet iceberg de terreur imposée par un régime qui n’a rien à envier à celui de Pinochet sur des manifestants (en l’occurence, des femmes), ajoutons le cas, rapporté par le site piensaChile.com, de cette femme déshabillée par des militaires lors d’une manifestation, sur la place du tribunal, dans la ville de Concepción.
 
À l’image d’un Castaner ou d’un Macron niant les violences policières contre les Gilets jaunes, le président chilien Sebastian Piñera, dont on connaît les nombreuses « parentés » avec le régime Pinochet, a déclaré : « Il y a eu un usage excessif de la force,  il y a eu des abus et on n’a pas respecté les droits de tous ».
Si l’on n’en est, fort heureusement, pas encore arrivé à ce stade en France, il convient néanmoins de remarquer les similitudes entre un régime chilien qui tue des manifestants pour faire peur et un régime macronien qui crève les yeux des manifestants pour les mêmes raisons. On rappellera que l’actuel préfet de police, Didier Lallementdéclara récemment à une manifestante Gilets jaunes, mettant son mouchoir par-dessus son devoir de neutralité républicain : « Nous ne sommes pas dans le même camp, madame ! », assertion qui vient à point pour rappeler que 

samedi 23 novembre 2019

Big Brother à Metz. Quand la police contrôle une passante au motif qu’elle lit “Dernière sommation” de David Dufresne

Samedi 12 octobre, Zoé 21 ans, est à Metz pour profiter du festival de la bière. À 13 h, indécise sur la suite de sa journée, elle décide de s’installer sur un banc devant la gare et de lire un livre acheté la veille, Dernière sommation (Grasset), le premier roman du journaliste David Dufresne, qui s’illustre depuis plusieurs mois en interpellant le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, sur l’usage de la violence par les forces de l’ordre lors des manifestations des gilets jaunes, en compilant, notamment, les blessures infligées et les actes litigieux avec le hashtagAllo @place_beauveausur Twitter.
                       Cette histoire est racontée sur Webullition.
Profitons de l’occasion pour rappeler l’utilité publique d’un autre livre sur le sujet des violences policières et de la gestion de ce qu’on appelait au siècle dernier le “maintien de l’ordre” (un glissement sémantique ayant remplacé le mot “ordre” par celui de “répression”).

Plus discrètement paru en 2016 chez un petit éditeur et écrit par quelqu’un qui vécut l’horreur dans sa chair puisqu’il perdit un œil dans une manifestation nantaise, La Larme à l’œil, de Pierre Douillard-Lefèvre, mériterait d’être relu à l’aune de l’actualité, en ce qu’il annonce on ne peut mieux (ou plutôt, on ne peut pire) ce qui est en train de se passer sous nos yeux (pour celles et ceux qui ont encore la chance de ne pas les avoir perdus) : la dérive de la République en un État policier (qui commence à faire des jaloux dans certains régimes autoritaires), sous le règne du quatuor Macron-Strodza-Beloubet-Castaner, qui atteint un inquiétant paroxysme avec l’arrivée à la préfecture de police de Paris de l’effrayant Didier Lallement, dont certaines mauvaises langues n’hésitent pas à dire qu’il ferait l’admiration posthume du champion toutes catégories ès-répressions Maurice Papon.

On rappellera – ce qui n’est pas assez fait – la lourde responsabilité, dans ces actualités inquiétantes, de celui qui, en tant que président de la République, fut le premier à couvrir et systématiser les nasses policières, les manifestations circulaires autour de bassin urbain, les provocations policières et les opérations de propagande médiatiques qui sont leur corollaire et, in fine, l’interdiction de manifester comme seule solution prônée par un pouvoir aux abois pour répondre à la révolte des Gilets jaunes : un certain François Hollande !

Dernière sommation, de David Dufresne (Grasset, 2019)
La Larme à l’œil, violences d’État et militarisation de la police, de Pierre Douillard-Lefévre (Le Bord de l’eau, 2016).

mercredi 13 novembre 2019

Gilets jaunes, An II. Quand la RATP réquisitionne son personnel pour épauler la police et fouiller les voyageurs potentiellement Gilets jaunes

L’approche de la journée de grève du 5 décembre et du premier anniversaire du mouvement des Gilets jaunes, rend fébrile le gouvernement Philippe-Macron-Castaner-Belloubet et le préfet de police de Paris.
Comme en témoigne cette directive interne en date du 12 novembre 2019 adressée aux personnels de la RATP, à qui on demande d’être les supplétifs des forces de police, le pouvoir a peur et est prêt à tout pour empêcher la révolte du peuple. Y compris à promulguer des mesures qui font qu’il est raisonnable de considérer que la France n’est plus un État de droit.

Du 14 novembre au 17 décembre 2019, les agents du service interne de sécurité de la RATP peuvent, outre l’inspection visuelle des bagages à main et, avec le consentement de leur propriétaire, à leur fouille, à des palpations de sécurité

samedi 2 novembre 2019

Pot commun pour payer les frais judiciaires délirants du militant antifasciste Antonin Bernanos

Pendant plus de six mois, le militant antifasciste Antonin Bernanos a subi un véritable acharnement judiciaire de la part de l'institution judiciaire et de l’administration pénitentiaire. Malgré l'absence totale d’éléments à charge contre lui, il a été maintenu en détention par les appels systématiques du parquet de Paris pour contrer les ordonnances de mise en liberté prononcées à plusieurs reprises par la justice.
Le 24 octobre, le juge des libertés et de la détention, Charles Prats, a ordonné la libération provisoire d'Antonin, dans un contexte où l'instruction était bien incapable d'apporter le moindre élément nouveau, du fait de l'incompétence prononcée de la juge d'instruction et du vide flagrant de ce dossier. Charles Prats, magistrat dont les positions réactionnaires et la haine des antifascistes ont été révélées dans la presse [papier sur le présent site ici], a conditionné, entre autres, la libération d'Antonin :

  • - au cautionnement du montant délirant de 10.000 € (ramené à 3.000 € par la chambre de l’instruction)
  • - à une assignation à résidence loin de la région parisienne où Antonin et ses proches résident et où il suit ses études
  • - à une interdiction de manifestation alors même que l'affaire pour laquelle il est mis en cause ne s'inscrit aucunement dans le cadre d'une manifestation
  • - à une obligation de « soins psychiatriques » qui est une vieille manière d'individualiser la lutte sociale et de lui assigner un caractère pathologique
Pour apporter votre contribution financière aux nombreuses dépenses qui ont déjà été faites (frais d'avocats, frais liés à la détention, frais logistiques) et qui restent à faire jusqu’au procès, le pot commun se trouve ici.

dimanche 20 octobre 2019

Castaner Macronus Enucleator 2019, fiction

En 2007 paraissait aux éditions Privé La France d’après, un recueil collectif, dans lequel 17 écrivains devaient imaginer une uchronie se déroulant dans une France dont Sarkozy serait le président de la République. Ce qui fut fait.

Dans l’une des nouvelles, T’as de la chance qu’il soit pas président !, J.-J. Reboux, tenancier du présent site depuis maintenant onze ans, s’inspirant d’une histoire vécue (à l’origine indirecte de la création du CODEDO) racontait la rencontre d’un cycliste avec un groupe de flics quelque peu nazillons.
Cette pure (et terrible) fiction étant devenue monnaie courante sous le règne de Hollande, et encore plus celui de Macron, avec la terrifiante répression d‘État du mouvement des Gilets places et son cortège d‘énucléés, de gazés, de démembrés, d'estropiés, etc., l’auteur vient d’en livrer une nouvelle version… si l’on peut dire, puisque seul le titre a été modifié. T’as de la chance qu’il soit pas président ! est devenu Tu n’as rien vu sous Sarkozy. Ce qui peut se traduire dans la langue de Cicéron par Castaner, Macronus Enucleator.

Procès de Gaspard Glanz : quand les avocats des prévenus ne soulèvent pas l’argument imparable de la non-publicité du délit d’outrage

Gaspard Glanz, journaliste à Taranis News, bête noire des policiers, était jugé pour outrage pour avoir adressé un doigt d'honneur à un policier lors d'une manifestation des Gilets jaunes le samedi 20 avril 2019, lors de l’acte 23 des Gilets jaunes.

Compte-rendu sur Libération, qui oublie de préciser – ce que semble également ignorer l'avocate du journaliste, Me noha Pascual – que le délit d’outrage est obligatoirement caractérisé par des paroles ou des gestes non publics. Ce qui n’est évidemment pas le cas dans cette affaire… De plus en plus de personnes, notamment des Gilets jaunes, sont condamnées pour outrage sans que leur avocat ne soulève cet argument imparable, qui avait notamment été mis avant par Eric Dupont-Moretti, avocat de Henri Guaino, dans le procès qui opposait ce dernier au juge Jean-Michel Gentil, en octobre 2014.
VERDICT. Gaspard Glantz a été condamné à 300 euros d’amende. Il devra aussi verser 100 euros de dédommagement à deux policiers.

mardi 17 septembre 2019

Pour la justice, il est légitime de décrocher le portrait de Macron des mairies

Le juge unique de la 7e chambre correctionnelle du tribunal de Lyon a relaxé, lundi, les deux auteurs du vol de la photo officielle du président, en appliquant « l’état de nécessité » – une notion juridique rarissime. Dans sa décision, le juge Marc-Emmanuel Gounot a estimé que « le décrochage de ce portrait doit être interprété comme le substitut nécessaire du dialogue impraticable entre le président de la République et le peuple ».

À lire sur Libération.

Envoyés en prison comme 440 autres Gilets jaunes, ils racontent


Selon le ministère de la Justice, « environ 440 » Gilets jaunes ont été incarcérés. Fouilles à nu, absence d’intimité et solidarité entre détenus : Stéphane, Anaël, Maria et Antoine racontent leurs séjours en cabane…
Tandis que certains pleurent l’incarcération de Balkany, au motif que la prison, c’est pas bien, un article édifiant sur la répression féroce du mouvement des Gilets jaunes par le pouvoir et ses laquais les magistrats, à lire sur Streetpress.com.

Pierre Sennès, ou la folie répressive d’un magistrat qui poursuit des porteurs de homard en carton-pâte pour “association de malfaiteurs”

L’affaire est relatée par Nantes Révoltée, et soigneusement ignorée par les médias.
Pierre Sennès, procureur de la République à Nantes, n’a rien à envier à Brigitte Lamy, qu’il remplaça en 2016, et dont il fut écrit qu’elle estimait que la police avait le droit de crever les yeux des manifestants.
Il vient de mener rondement une enquête, dans laquelle trois gaillards porteurs d’un homard géant en carton-pâte lors d’une manifestation qui se tint le 14 septembre à Nantes, ont été maintenus en garde à vue pendant 52 heures et accusés d’association de malfaiteurs.
Folie répressive pathologique ? Obsession infantile des Pieds Nickelés (dont il aurait été privé pendant sa jeunesse par une maman intraitable) ? Les historiens des années Gilets jaunes auront à cœur de répondre à cette question.

vendredi 6 septembre 2019

Montauban. Quand la justice condamne des Gilets jaunes pour des outrages qui n’en sont pas, au regard de la loi, car ils sont “publics”


Vendredi 6 septembre se tenait à Montauban le procès d’André Roth, retraité de 69 ans. Ce Gilet jaune était poursuivi pour outrage pour avoir placardé à l’arrière de sa camionnette, le 22 avril à Caussade, le slogan “Flic suicidé à moitié pardonné”Comme le rappelle La Dépêche, ce procès s’est tenu sous haute tension, en présence de 200 policiers manifestant contre les propos outranciers du Gilet jaune.
Verdict du tribunal : 4 mois de prison avec sursis, 1.000 euros de dommages-intérêts à verser au syndicat d’extrême droite Alliance, partie civile au procès. (On rappellera que les frais de partie civile des policiers sont systématiquement pris en charge par la préfecture.)
Ce verdict ahurissant rappelle celui rendu dans le procès d’un Gilet jaune de 37 ans condamné en mai 2019, suite à une plainte du préfet, pour avoir écrit sur la page Facebook du groupe Gilets jaunes de Montauban “Il commence à me casser les couilles, ce préfet de merde !”, à quatre mois de prison avec sursis, toujours pour outrage, par le même tribunal de Montauban.
On rappellera aux magistrats de Montauban (et aux avocats des Gilets jaunes poursuivis) que le délit d’outrage est caractérisé par des gestes ou paroles non publics. Ce qui n’est, précisément, pas le cas dans ces deux affaires, qui sont loin d’être isolées en France depuis la révolte des Gilets jaunes et la répression aveugle qui l‘accompagne, avec le concours de magistrats qui détournent sans vergogne la loi qu'il sont censés faire appliquer.
Il existe (au moins) une jurisprudence sur ce sujet. En novembre 2016, la cour de cassation avait annulé la condamnation de Henri Guaino pour outrage à magistrat, dans l'affaire qui l'opposait au juge Jean-Michel Gentil.

mardi 13 août 2019

Antonin Bernanos, prisonnier politique ; Charles Prats, magistrat impartial et revanchard

Le présent papier reprend un article paru sur le site Nantes Révoltée.

Antonin Bernanos, 24 ans, subit une véritable persécution judiciaire. Le jeune militant parisien est sous les verrous depuis le mois d'avril. Sans preuve, ni procès, ni même élément à charge. Placé à l'isolement, dans une situation incertaine, il traverse, avec ses proches, un véritable cauchemar. Son seul crime ? S'opposer à l'extrême droite, et participer aux manifestations. Retour sur une affaire gravissime.

LES FAITS

Le 15 avril 2019, une bande de néo-nazis – baptisée « Zouaves Paris », se revendiquant ouvertement du Reich et du fascisme italien – parade en plein Paris. Une bagarre éclate, et deux néo-nazis sont malmenés. L'un d'eux se fait voler une chaussure Stan Smith bleu blanc rouge. Cette altercation plutôt anodine se transforme en tourmente judiciaire. Devinez qui est arrêté, enfermé et interrogé ? Ceux qui se sont opposés aux néo-nazis. Aucun militant d'extrême droite ne sera inquiété à un seul instant pour cette bagarre. La police et la justice se rangent immédiatement du côté de l'extrême droite. Une plainte est déposé. Antonin est accusé d'avoir donné un coup par un néo-nazi. Il est envoyé illico derrière les barreaux. Sans procès. Pourtant, la « rixe » a été filmée par les caméras de vidéosurveillance. Selon la police, Antonin n'est pas présent sur les images. Il reste pourtant en prison, présumé innocent. Sur demande du procureur et d'un juge très spécial. L'enfermement du militant est donc, évidemment, politique.

JUGE D’EXTRÊME DROITE
Charles Prats, magistrat
Le juge qui doit statuer, un mois plus tard, sur la remise en liberté d'Antonin, est un magistrat aux idées tranchées. Il s'appelle Charles Prats [vice-président chargé des libertés et de la détention au TGI de Paris]. Il s'oppose à toute libération du militant. Pour lui, « la détention est l’unique moyen d’empêcher une pression sur les témoins ou les victimes », et d’éviter « le renouvellement de l’infraction ». Ce juge est un militant d'extrême droite. Quelques mois plus tôt, il qualifiait ceux qui s'opposent aux fascisme, sur Twitter, de « nervis d’extrême gauche ». Une sortie droitière au milieu de nombreux autres messages haineux. Charles Prats est un habitué des médias. Il intervient régulièrement sur BFM mais aussi sur des sites d’extrême droite comme Boulevard Voltaire – fondé par le frontiste Robert Menard – ou TV Libertés, chaine liée au Front National. Dans son ordonnance de « rejet de la demande de mise en liberté » et de « placement en détention provisoire », Charles Prats se permet quelques commentaires inhabituels. « Les faits [...] ont été d’une rare violence, commis lâchement par une bande s’étant attaquée à une personne seule, selon le mode opératoire habituel des “antifas” ». Tout est faux. Mais de tels propos prouvent la partialité de ce juge. Son engagement militant du côté de l'extrême droite.


RÉPRESSION MÉDIATIQUE
Une bagarre. Un enfermement « préventif » sans preuve ni procès. Un juge d'extrême droite. Pourquoi un tel acharnement ? Un article sur le site d'Europe 1, le 2 aout, révèle les raisons sous jacentes. Selon la journaliste, les services de renseignements estiment que « s'il était libéré, Antonin Bernanos pourrait mener la mobilisation des antifascistes parisiens lors du G7 prévu à Biarritz à la fin du mois d'août ». L'article explique que « la décision de justice [au sujet de sa libération] est scrutée de près par les autorités, car le jeune homme est l’un des rares à pouvoir organiser la mobilisation ». Un récit totalement fantasmé. Mais les faits sont là : la police politique fait pression pour maintenir un opposant en prison. Et pour cela, elle diffuse des informations anxiogènes dans les médias aux ordres. 

Capture d’écran, compte Twitter de Charles Prats
ACHARNEMENT
En aout, après plusieurs mois de taule, un juge décide enfin de faire sortir Antonin sous bracelet électronique. Mais le parquet fait immédiatement appel, pour qu'il reste enfermé. Faux espoir, attente. Nouvelle audience : la réponse tombe le 12 aout. Antonin est maintenu en détention suite à l’appel du parquet, contre la décision de la juge des libertés. Il devra donc rester en cellule jusqu'en décembre prochain. Il aura donc fait 9 mois de prison ferme en « préventive ». Sans preuve. Sans jugement. Sans procès. Sur la base d'une accusation bidon d'un néo-nazi. Un cauchemar. 

ILLUSTRATION DU RÉGIME

L'affaire d'Antonin doit nous interpeller tous. Elle ne concerne pas seulement une famille, aujourd'hui dans le désarroi. Elle est la preuve que l'Etat français s'acharne à détruire les opposants. L'affaire d'Antonin s'inscrit dans une actualité particulièrement sombre. Celle d'un régime qui noie des fêtards dans la Loire. Qui envoie la police piétiner des grands mères, et mettre à genoux des lycéens. Qui mutile des Gilets Jaunes. Et qui incarcère un militant qui a eu le tort de s'opposer aux nostalgiques du IIIe Reich.

Lire également sur StreetPress : “Antonin Bernanos, prisonnier politique” (juillet 2019).
Lire dans L’Obs : “Nervis d’extrême gauche” : l'impartialité du juge qui maintient Antonin Bernanos en détention mise en cause.

mercredi 7 août 2019

Le préfet d’Harcourt poursuit Claude Sérillon en diffamation pour un tweet

Pour avoir écrit : “Une nuit à Nantes, parce que la musique était trop forte, un préfet de la République a décidé que la vie d’un homme pouvait être effacée”, l’ex-journaliste Claude Sérillon est poursuivi en diffamation par le préfet de Loire-Atlantique Claude d’Harcourt, dont on lira dans lundi.matin un édifiant portrait.

Si l'on ne peut qu’être solidaire de Claude Sérillon, on rappellera tout de même que celui-ci étant moins regardant à propos des violences policières à l'époque où il était le conseiller du président Hollande, sous le quinquennat duquel eut lieu une explosion des violences policières, notamment lors des manifestations contre la loi Travail.

Nantes, 3 août 2019, quand un flic étrangle un manifestant : la photo qui illustre la brutalité du régime Macron

Cette photo du photographe Bsaz, a été prise à Nantes le 3 août 2019, lors de la marche de solidarité avec Steve Maïa Caruço, noyé dans la Loire le 21 juin 2019 à la suite de la charge des CRS sous les ordres du préfet d’Harcourt et du commissaire Chassaing, sous l’autorité du ministre Castaner.
Bruno Kaïk, 51 ans, hospitalisé pendant 6 heures et mis en garde à vue, affirme qu'il a été étranglé par le policier, ce qu’indique assez clairement le cliché. Il a décidé de porter plainte contre « toute la chaîne de commandement, de l’officier de la BAC jusqu’au président de la République, qui est le chef des armées et a autorisé ces dérives ».

mercredi 31 juillet 2019

En 1961, la police française noie les Algériens dans la Seine En 2019, elle noie les fêtards dans la Loire

Longtemps, la police française, dont le savoir-faire en la matière n’est plus à prouver, tua sans discernement des gens pour le simple motif qu’ils étaient juifs, nègres, indigènes, métèques, bougnoules, selon des modes opératoires qui variaient avec les temps et les mœurs. Nos livres d’histoire sont remplis de ces cadavres.
On se souvient que le 17 octobre 1961, en pleine guerre d’Algérie, sous l’autorité du sinistre préfet de police Maurice Papon (qui partage avec l’actuel, Didier Lallement, le fait d’avoir fait ses premières armes dans la répression à Bordeaux), plusieurs centaines d’Algériens furent jetés dans la Seine – autrement dit, “noyés par balles”.
Avec le temps, la police française, à qui l’on ne saurait reprocher d’avoir de la suite dans les idées, continua à zigouiller impunément de l’Arabe, du Noir, du basané, le plus souvent dans la catégorie “jeunes rétifs des cités de banlieue”, avec de notables exceptions lorsqu’à Argenteuil en juin 2009, Ali Ziri, 69 ans, meurt étouffé dans un fourgon de police. Bon an, mal an, la police française, comme le rappela l’historien et ami Maurice Rasjfus, tue entre vingt et trente personnes. Ce qui la rend nettement moins efficace que la police états-unienne mais n’atténue en rien le scandale, doublé, pour les proches des victimes, d’une tragédie d’autant plus terrible que les affaires sont généralement classées sans suite par une justice aux ordres.
Les protestations, généralement, ne dépassent pas le cadre des familles et des associations de défense des droits humains. Dans une France où les violences policières sont un tabou majeur, on a d’autres chats à fouetter, et on a rarement vu un député s’en offusquer. On sait comment s’est terminé le procès des policiers responsables de la mort de Zied et Bouna : non-lieu. (Idem dans l’affaire Rémi Fraisse.) Le policier, on le voit  tous les jours avec le délit d’outrage, est au-dessus des lois. Ces dernières années, néanmoins, la mort de jeunes gens tués par les "forces de l’ordre” cristallise des révoltes de plus en plus enracinées, on l’a vu avec la mort d’Amine Bentounsi à Noisy-le-Sec en 2012, et surtout celle d’Adama Traoré à Beaumont-sur-Oise en 2006, dans ces deux cas, grâce au combat acharné des sœurs des victimes.
Avec la répression terrible des Gilets jaunes, un cap a été franchi, amorcé sous le quinquennat  Hollande – ne jamais oublier que c’est sous l’autorité suprême de ce pleutre qu’a démarré l’actuel cycle infernal des violences policières. Les flics, BAC, CRS, gardes mobiles, s’en donnent à cœur-joie, sous l’autorité mortifère de Castaner-Éborgnator, ce répugnant “Monsieur Plus” de la matraque. Si le châtiment suprême n’est pas devenu normalité – les flics se contentent pour le moment, en se pourléchant, de couper des mains, de crever des yeux, d’estropier, de tabasser, d’humilier, de déshumaniser –, on a pu néanmoins constater que la mort d’une vieille dame de 80 ans fauchée par une grenade sur son balcon à Marseille n’avait pas entamé la détermination de Macron et de son ministre de l’Intérieur aux mains couvertes de sang, ni évidemment celle des cohortes de magistrats couchés, tel ce procureur qui couvre un flic niçois pour faire plaisir à son Macron de président dans l’affaire Geneviève Legay, et autres chiens de garde de la niche préfectorale condamnant à la chaîne du Gilet jaune, le plus souvent pour le délit le plus inique et obsolète qui soit : l’outrage.
Mais malgré le niveau des exactions, nos pandores n’en ont jamais assez ! Casser la gueule au Gilet jaune ne leur suffisait plus ! Le LBD, la lacrymo ? C’est un peu dépassé, vous ne trouvez pas ? À présent, la police française tue des jeunes gens dont le seul tort est de faire la fête. Enfin, elle en a tué un, Steve, qui vient de passer 36 jours au fond de la Loire avant de trouver le repos de la sépulture. Steve Maia Caniço. 24 ans, animateur scolaire. Mais les ogres, on le sait, ont bon appétit, et si cette affaire abominable ne débouche pas sur un événement salutaire (la démission de Castaner, à tout le moins), il n’est pas interdit de penser que la prochaine fois, quelque chose de pire encore, s’il est possible d’imaginer pire que mourir noyé à cause d’une charge policière aux lacrymogènes, va nous tomber sur le coin de la figure !
Cela se passe, et ce n’est évidemment pas un hasard, à Nantes. Nantes, ville où le pouvoir, depuis une décennie de luttes contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, expérimente des méthodes de maintien de l’ordre de plus en plus violentes. Nantes, où une procureure de la République classait sans suite en 2014 les plaintes de quatre jeunes gens éborgnés. Nantes où sévissent un commissaire et un préfet obsédés par la répression. Dernière minute : selon un rapport de l’IGPN (Inpection générale de la police nationale) publié avant la découverte du corps de Steve, et qui épargne la police et charge la mairie, la noyade de Steve Caniço n’aurait rien à voir avec la violente charge de police ordonnée par le commissaire Grégoire Chassaing, version reprise sans vergogne à la télévision par le Premier ministre et son Premier flic.