samedi 18 avril 2020

Mise en garde à vue lors de la visite de Macron à Mulhouse, Maré Ndiaye, aide-soignante, poursuivie pour outrage


La morgue d’un président désincarné, déshumanisé. La lumière et l’humanité de celles qui sauvent des vies : Maré Ndiaye.
Souvenez-vous. C’était le 25 mars 2020. Emmanuel Macron était à Mulhouse pour la grande opération de com’ autour de ce fabuleux hôpital de campagne doté de trente lits, que les Chinois (dit-on) nous envient. Les personnels soignants venus dire leur exaspération et leur mécontentement au président avaient été soigneusement tenus à l’écart derrière les grilles protégeant la marionnette masquée Macron et sa misérable opération de propagande.
Parmi eux, Maré Ndiaye, aide-soignante, un peu plus en colère que les autres, comme on peut le voir sur cette vidéo, qui s’arrête au moment où elle va être interpellée (en présence de manifestants étrangement passifs et peu solidaires).

Pour avoir crié sa colère et tenté d’interpeller Macron, cette aide-soignante de Reidisheim a été interpellée, frappée et mise en garde à vue par des policiers, qui l’accusent de les avoir traités de “pauvres chiens”. Et comme nous sommes en France, ce merveilleux pays où les victimes de violences policières sont systématiquement poursuivies par leurs bourreaux, elle est convoquée le 4 septembre 2020 à 8 heures pour répondre du délit d’outrage.
Dans cette seconde vidéo de vingt minutes, Maré Ndiaye dit sa souffrance, sa colère, son indignation, son incompréhension, avec une dignité et un infini respect. Le respect des gens qui soignent. À l’opposé de la brutalité de ceux qui cognent, dont on rappellera qu’on les appelle en argot les cognes. Et de leurs donneurs d’ordre politiques aux mains tachées de sang.

Quelques-uns des propos poignants [17’] de Maré Ndiaye.
Je respectais les hommes politiques, mais maintenant j'ai des doutes. On a l’impression qu’on n’est pas des humains. (…)
Ils m'ont plaqué par terre, ils m'ont mis des coups de pied sur le dos, dans la voiture des policiers, j’avais tellement mal au ventre que j’ai dit que j’étais enceinte pour qu’ils lèvent la pression. Je dis que c’est honteux de faire ça à une soignante.
Je ne vous dirai pas merci d’être venu à Mulhouse, monsieur Macron, parce que vous n’avez même pas écouté les soignants.
J’attire aussi l’attention de Mme Ndiaye, votre porte-parole, car elle ne doit pas être à l’aise. Ça doit être lourd de ne pas dire la vérité, de mentir tout le temps tout le temps. Je sais que vous ne devez pas être heureuse d’exercer vos fonctions, que ça ne doit pas être facile pour vous. Je tenais à vous faire partager ma souffrance. Ma souffrance, ils ne vont jamais vous la dire. Maintenant, je vous ai tout dit, j'espère que cette vidéo va être diffusée partout. Si j'ai souffert aujourd'hui, j'ai souffert au nom de tous les soignants.

jeudi 9 avril 2020

Saint-Ouen-l’Aumône (95). Contrôle d’attestation, violences policières (taser) et un procès pour outrage et rébellion pour Kevin Limoucin, 30 ans

L’affaire est rapportée par France Inter, qui montre une vidéotournée par des voisins, des violences policières subies par Kevin Limoucinmaintenu au sol et recevant des coups de taser lors d'un contrôle d'attestation covid-19.
France Inter n’oubliant pas de préciser que le contrôle a eu lieu dans le quartier de Chennevières, “connu des forces de l’ordre pour être un point de deal”.
Confiné avec sa femme et leur bébé dans leur appartement de Saint-Ouen-l’Aumône (Val-d'Oise), Kevin, 30 ans, martiniquais, se trouvait en bas de son immeuble :

«J'avais un petit souci sur ma voiture, je voulais changer les bougies si jamais il arrivait quelque chose avec mon bébé. Je venais de finir, je rentrais chez moi, lorsqu'un policier m'a dit “contrôle” »

Le policier demande à voir son attestation.

« Il ne m'a même pas dit bonjour, il m’a dit d'enlever ma casquette et de lui donner mon attestation. Je lui ai dit que j’étais devant la maison»

C'est alors que les choses dégénèrent.

« Ils m'ont tenu, ils ont mis leur genou sur la tête. Ils m’ont menotté et donné des coups de taser sur la cuisse, ils ont bien insisté. Ça m'a tellement fait mal que je n'arrivais plus à respirer. »

Son médecin, consulté après sa garde à vue, a constaté cinq jours d’incapacité totale de travail (ITT) et identifié des marques compatibles avec les lésions causées par un taser.

« J'ai des marques sur le dos, sur la cuisse, mon visage était gonflé. Ça a été violent. Je ne sais pas pourquoi la police française en arrive à faire ça, mais ce n'est pas normal»

Kevin Limoucin sera jugé en mars 2021 pour outrage et rébellion. Il a, de son côté, décidé de porter plainte auprès de l’IGPN.

jeudi 26 mars 2020

“Après l’épidémie, nous n’oublierons pas” (manifeste)

Nous y voilà, confinés chez nous, sans pouvoir sortir sinon pour aller au travail, chez le médecin, faire des courses ou un footing. Ces mesures de restriction de liberté sont acceptées au nom de la lutte contre un virus qui a le potentiel de faire des centaines de milliers de morts. Il fallait les adopter, et il faut s’y tenir. Pour autant, n’oublions pas la longue liste des incompétences et des abus criants de l’équipe gouvernementale, et sachons les rendre comptables de leurs très nombreux manquements.

Manifeste à lire sur le site Le vent se lève

Pétition de soutien aux 600 médecins qui attaquent E. Philippe et A. Buzyn en justice

Réunis dans un collectif nommé C 19, plus de 600 médecins ont porté plainte jeudi 19 mars contre l'ancienne ministre de la Santé Agnès Buzyn et le premier ministre Édouard Philippe qu'ils accusent de « mensonge d'État » dans leur gestion de la crise d'épidémie de coronavirus. Philippe Naccache, Emmanuel Sarrazin et Ludovic Toro, les trois médecins fondateurs de ce collectif ont pour ce faire saisi la Cour de Justice de la République, seule juridiction habilitée à juger les actes commis par les membres du gouvernement dans l'exercice de leurs fonctions.
Pour ces médecins, le gouvernement était au courant des dangers liés à l'épidémie mais n'a pas agi suffisamment tôt ni pris les bonnes mesures, notamment le stockage de masques et la mise en place de tests systématiques, qui aurait permis d'isoler les "porteurs sains" capable de contaminer plusieurs personnes. Début mars, par l'usage d'un 49-3 au sortir d'un conseil ministériel prétendument consacré à la gestion de la pandémie imminente du coronavirus, nos dirigeants politiques ont révélé le danger qui émane de leurs décisions dans les moments capitaux et leur incapacité à en percevoir l'urgence.
Nous soutiendrons par la force populaire cet acte courageux et nécessaire. Ainsi, nous souhaitons participer à la dénonciation des mensonges, de l'amateurisme et de la médiocrité de nos dirigeants qui ont conduit à la gestion calamiteuse de cette crise sanitaire et à un scandale d'état. Par nos voix, nous donnons notre plein soutien et notre solidarité aux courageuses blouses blanches de notre pays, envoyées sur le front de "guerre" sans matériel.
Face à l'inacceptable, l'injustice et le mépris résister est un devoir. Dans la résistance notre essence s'exprime, dans la résistance un autre monde est possible.

Pour signer et partager cette pétition

mercredi 25 mars 2020

Ramatoulaye, 19 ans, tasée, frappée car elle n’a pas son attestation de sortie. Pendant le confinement, les violences policières continuent

On ne pensait pas avoir à évoquer si tôt dans la période de confinement les violences policières, mais voilà, c’est parti !
Et comme les médias sont très occupés à relater la colère des flics, privés, comme tant d’autres professions (mais de façon moins scandaleuse que les soignants), de masques, il y a fort à parier que le sujet ne va pas occuper les médias avant longtemps.


La scène, rapportée par le site Actu Seine-Saint-Denis, n’est pas la première du genre depuis le début du confinement. Il y a une semaine, une femme se faisait violemment menotter à terre au métro Château-Rouge, puis poursuivre pour outrage et rébellion, car elle refusait de payer la rançon en cas de non-possession de l’ausweiss du professeur Lallement permettant à tout citoyen de sortir de chez lui pour acheter sa semoule, son pain, ses pâtes, ses serviettes périodiques. La pandémie tue, mais elle épargne la violence endémique, la stupidité congénitale et le racisme intrinsèque de ces forces de l’ordre qui nous ont si peu gardés en paix, mais nous tant crevé les yeux, arraché les mains, lacrymogénisé les pupilles, gardés à vue, etc.

Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), jeudi 19 mars. Ramatoulaye B., 19 ans, sort faire des courses pour son fils, un nourrisson âgé de quelques mois. Elle se rend au magasin le plus proche, accompagnée de son petit frère de sept ans. Sur le chemin du retour, le caddie chargé de courses, tout près de chez elle, une patrouille de police contrôle son attestation de dérogation de sortie, dans le cadre du confinement lié à la propagation du coronavirus. Mais cette attestation, Ramatoulaye ne l’a pas imprimée.
« J’avais mon attestation écrite. Je devais passer au taxiphone pour l’imprimer mais il était fermé. Un autre policier, que j’avais croisé plus tôt, m’avait affirmé que l’attestation manuscrite était suffisante. J’étais juste sortie faire des courses pour nourrir mon bébé. Il n’y avait plus rien à manger pour lui, il fallait absolument que je sorte ! »
Le ton monte. La jeune femme n’a pas le temps de s’expliquer. « Tout de suite, ils se mettent à m’insulter devant mon petit frère. Sale pute ! Pétasse ! » Les insultes fusent. Seule face à huit policiers (deux s’occupent de son petit frère), Ramatoulaye admet perdre son sang-froid, mais sans violence à l’égard des policiers. « Je ne comprenais pas comment on en était arrivé là. J’étais juste sortie faire des courses. » 
Comme on le voit et l’entend sur une vidéo diffusée sur les réseaux sociauxelle reçoit un coup de taser à la poitrine. Son cri déchire le silence au moment de l’impact. Elle est ensuite plaquée au sol par un autre policier avant d’être embarquée. Mais les coups ne s’arrêtent pas là. « Dans le camion, ils ont continué à me donner, cette fois-ci, des coups de pieds en me disant que j’étais “une petite merde”. »
Arrivée au commissariat, Ramatoulaye passe une heure en cellule avant d’être relâchée.    Elle se rend chez le médecin pour faire constater ses blessures. Traumatisme épaule gauche et poignet droit, hématomes et douleurs de la cuisse gauche » dans le cadre de « coups et blessures volontaires ». Son état nécessite cinq jours d’ITT. Quatre jours après, elle confie avoir des difficultés à dormir la nuit. Son petit frère, qui a assisté à la scène, est traumatisé. Elle souhaite déposer plainte au commissariat de police« Mais on m’a dit qu’avec le coronavirus, tout se faisait ligne. »
On ne sait pas si Ramatoulaye a été poursuivie pour outrage et rébellion.

mercredi 11 mars 2020

Pétition pour virer le préfet de police (et fils spirituel de Maurice Papon) Didier Lallement

Pétition, initiée par l’avocat Camille Mialot, appelant à la révocation du préfet de police de Paris.
Suite à la répression des mouvements féministes dénonçant les violences de genre à la veille du 8 mars 2020, le maintien dans ses fonctions du préfet de police de Paris porte atteinte aux valeurs républicaines.
La doctrine de maintien de l’ordre adoptée par le préfet de police Didier Lallement depuis sa nomination le 20 mars 2019 se caractérise par des consignes illégales données aux forces de l’ordre d’ « impacter les manifestants », de réaliser des « manœuvres d’encagement » et par l’insuffisance de l’encadrement de l’usage du lanceur de balle de défense (LBD) en violation de la décision du conseil d’État du 1er février 2019.
L’usage de la violence légitime appartient à la République. Il est destiné à garantir les droits et libertés fondamentaux et notamment la liberté d’expression, de réunion, le droit de grève, et le droit à la sûreté dans l’exercices de ces droits.
Le comportement du préfet de police viole le principe constitutionnel de fraternité et dégrade l'image de l'État. Cela est de nature à porter atteinte à la confiance des citoyennes et des citoyens dans la forme républicaine du gouvernement. Il appartient donc au président de la République et au ministre de l’Intérieur de le démettre de ses fonctions.

On signe la pétition ICI !


”Nous ne sommes pas dans le même camp, madame” (17 nov. 2019)

samedi 22 février 2020

”Allô place Beauvau ?” (David Dufresne) : un 26e Gilet jaune éborgné par la police

Selon David Dufresne, qui tient le décompte des violences policières dans le cadre de la répression féroce des manifestations des Gilets jaunes, une 26e personne vient de perdre un œil. Le bilan de la répression s'établit désormais à 26 éborgnés, entre novembre 2018 et février 2020. 

mercredi 19 février 2020

Créteil, 25 février, 8h30, procès de Taha Bouhafs, poursuivi pour outrage et rébellion

Mardi 25 février 2020 aura lieu devant le TGI de Créteil le procès de Taha Bouhafs, jugé pour outrage et rébellion, après avoir été violemment interpellé lors d’un rassemblement de soutien à des travailleurs sans-papiers de Chronopost à Alfortville (Val-de-Marne)* le 11 juin 2019, au cours duquel son téléphone avait été confisqué. Cette interpellation lui avait valu 10 jours d’ITT.
Un rassemblement de soutien se tiendra à 8h30 devant le tribunal.

* À noter que ces travailleurs sans-papiers ont obtenu gain de cause et leur régularisation.

lundi 17 février 2020

Castaner veut contrôler les vidéos de violences policières [une enquête de Médiapart]

L’enquête de Pascale Pascariello est disponible sur Médiapart. Comme tout le monde n’a pas les moyens de s’abonner, et eu égard à l’importance de cette information, la voici :

Cédric Chouviat filmait des policiers. Cela les a insupportés. Il est mort quelques minutes plus tard. À la demande des syndicats, le ministère conduit une étude juridique pour restreindre les modalités de diffusion des vidéos.

Filmer des policiers peut déboucher sur un drame. La mort par asphyxie de Cédric Chouviat, à la suite de son interpellation, le 3 janvier, en est l’illustration la plus terrible. Les images de ce livreur de 42 ans plaqué violemment au sol par quatre policiers viennent rallonger la liste déjà longue des vidéos montrant des violences policières. Ces enregistremen ts, diffusés sur les réseaux sociaux puis relayés par les médias, débouchent parfois sur l’ouverture d’enquêtes judiciaires. Et rendent absurde le discours du gouvernement consistant à nier ces violences. Les forces de l’ordre, pour empêcher que soient montrées des violences, en viennent à violenter ceux qui les documentent : plusieurs vidéos que nous avons sélectionnées le démontrent. Dans leur sillage, le ministre Christophe Castaner envisage lui aussi de contrôler la diffusion des vidéos. Selon des informations recueillies par Mediapart auprès de la Direction générale de la police nationale (DGPN), une étude sur des « évolutions juridiques » est actuellement menée pour rendre notamment obligatoire le floutage de tous les agents. L’exemple de Cédric Chouviat est emblématique. En filmant son interpellation et sans en imaginer l’issue tragique, l’intention de Cédric Chouviat était bien celle d’enregistrer une preuve du comportement des policiers lors de ce contrôle. De fait, parmi les récents éléments versés à l’enquête, que Mediapart a pu consulter, une vidéo extraite du portable de la policière révèle des échanges tendus entre le livreur et les policiers, lesquels, n’appréciant pas d’être filmés, le bousculent à plusieurs reprises. « Il nous a dit : “Je vais vous filmer.” Il a sorti son portable et a commencé à nous filmer. […] Le contrôle a continué, toujours dans cette ambiance de provocation », a déclaré à l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) la policière ayant participé au contrôle.

LIRE : Cédric Chouviat, 42 ans, livreur à scooter, tué par trois flics : quand la police invente un délit d’outrage pour justifier la mort d’un homme

Cédric Chouviat, décédé le 5 janvier 2020 après avoir été violemment tabassé par 3 policiers deux jours plus tôt

LIRE : L’épouse de Cédric Chouviat dénonce les mensonges des policiers


Auditionnée par la police des polices, une femme de 36 ans, témoin de l’interpellation, explique avoir été « surprise » par « le fait que [la policière] saisisse le téléphone », alors que Cédric Chouviat était au sol. « Je l’ai vue effectuer une manipulation d’environ trente secondes […] avant de le jeter au sol », précise-t-elle, sans comprendre pourquoi une telle « violence » était déployée pour ce qui lui semblait être une « histoire de téléphone. En voulant lui prendre son téléphone, ils lui ont ôté la vie. » Dans les premières heures suivant l’hospitalisation de Cédric Chouviat, l’avocat de la famille, Arié Alimi, a lancé un appel à témoin. « Face à la communication officielle souvent mensongère, c’est déterminant de le faire pour éviter la perdition, voire la dissimulation de preuves, précise-til. Récolter ainsi des témoignages est une pratique inspirée du mouvement américain d’initiative citoyenne Black Lives Matter, né pour dénoncer l’impunité policière à l’égard des Noirs américains. Cédric Chouviat filmait parce qu’il estimait son contrôle injustifié. En réaction, les policiers ont eu des gestes de violence contre lui et l’ont violemment interpellé », conclut Arié Alimi. La police n’apprécie pas d’être filmée. Pourtant, la loi autorise tout citoyen à le faire dans l’espace public et à diffuser également ces enregistrements, dans un but strictement informatif, sans diffamation ou injure. […]
Le 23 décembre 2008, le ministère de l’intérieur met ainsi en garde l’ensemble des policiers, dans une circulaire qui sert encore de référence : « La liberté d’information, qu’elle soit le fait de la presse ou d’un simple particulier, prime. Les policiers ne peuvent s’opposer à l’enregistrement de leur image lorsqu’ils effectuent une mission. Il est exclu d’interpeller pour cette raison la personne effectuant l’enregistrement, de lui retirer son matériel ou de détruire l’enregistrement ou son support. » Circulaire du ministère de l'intérieur sur le droit de filmer les policiers, 23 décembre 2008. Loin de rappeler aux policiers leur obligation de respecter le droit de filmer, certains syndicats, dont Alliance, contestent vigoureusement la réalité que montrent les vidéos, dès lors qu’elles mettent en cause l’un des leurs. Dans un courrier du 5 novembre 2018 adressé au ministre de l’intérieur Christophe Castaner, le syndicat de police Alliance demande qu’il soit interdit de filmer les policiers, « très préoccupés par l’existence d’abus du droit de capter leur image lorsqu’ils se trouvent sur la voie publique ou dans un espace public dans l’exercice de leurs fonctions ». Selon le syndicat, « au-delà de la question du droit à l’image des policiers, l’enjeu est leur sécurité », la diffusion de vidéos sur les réseaux sociaux les exposant à « être reconnus et à être, eux-mêmes ou leur famille, victimes de représailles ». Non seulement cette interdiction, qui passe par « une modification législative de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse et d’expression », doit concerner les « policiers en intervention », mais aussi, « et par extension, les forces de l’ordre ». 
Contacté par Mediapart, Stanislas Gaudon, secrétaire général adjoint du syndicat Alliance [qui prétendait que Clément, tabassé par un policier la 18 janvier 2020, qu’il crachait du sang au visage du policier et criait qu’il avait le sida], détaille : « Christophe Castaner nous a répondu en février 2019. Le ministre émet des réserves sur la possibilité de revoir le droit de filmer mais il nous a affirmé qu’une étude juridique était en cours pour encadrer de façon plus stricte la diffusion des vidéos. Il serait question de rendre obligatoire l’anonymisation des policiers lors de la diffusion des vidéos, en les floutant par exemple. » Interrogé sur les violences policières, le syndicaliste estime que ces films ne montrent « qu’une partie des interventions et ne permettent pas d’avoir une vision globale du contexte ». 
Paris, gare de l’Est, 18 janvier 2020, Acte 62 Gilets Jaunes. Vidéo du tabassage de Clément : Pat Ricia.
Le secrétaire général du syndicat Unsa Police, Philippe Capon, a un avis bien différent et l’a fait connaître, le 8 janvier 2020, lors des vœux en présence du ministre de l’intérieur, du secrétaire d’État et du préfet de police de Paris. « La France est touchée depuis l’automne 2018 par les manifestations des gilets jaunes […], conséquence d’un dialogue social déficient avec les corps intermédiaires, ce qui a abouti à gérer une crise majeure par le maintien de l’ordre […], mais n’est pas spécialiste du maintien de l’ordre qui veut. […] Trop de membres des forces de l’ordre ont été blessés, mais trop de manifestants aussi », a-t-il déclaré. « L’État dans cette gestion porte des responsabilités, a-t-il ajouté. Je pense au manque de formation des policiers, à l’utilisation parfois hasardeuse du LBD. »
Contacté par Mediapart, Philippe Capon part du principe qu’il « est utopique de penser qu’il serait possible d’interdire de filmer » mais souhaite que « les visages des policiers soient floutés lorsque les vidéos sont diffusées sur les réseaux sociaux ou dans les médias ». « En filmant l’action de la police, les citoyens sont devenus le principal agent de transparence »
Abdoulaye Fofana. Photo Audrey Cerdan, Rue 89
La première affaire de violences policières révélée par une vidéo est celle de l’interpellation d’Abdoulaye Fofana, 20 ans, habitant la cité des Bosquets à Montfermeil (Seine-Saint-Denis). Dans la nuit du 14 octobre 2008, à la suite d’un jet de pavé et d’un tir de mortier de feu d’artifice sur une voiture de police, les forces de l’ordre interviennent dans l’immeuble de cet étudiant, l’accusant à tort d’avoir participé à ces violences. Menotté, il reçoit plusieurs coups de matraque et un coup de crosse de pistolet, scène enregistrée par un voisin, le réalisateur Ladj Ly, auteur depuis du film Les Misérables, inspiré notamment de cet événement. Dans leurs procès-verbaux, les policiers avaient omis de signaler les coups portés à Abdoulaye Fofana, poursuivi pour violences sur personne dépositaire de l’autorité publique. Relayée par le site d’information Rue89, cette vidéo inverse les poursuites et déclenche l’ouverture par le parquet de Bobigny d’une enquête préliminaire confiée à l’IGS (Inspection générale des services) pour « violences par personnes dépositaires de l’autorité publique ». Huit ans plus tard, les deux policiers sont condamnés en appel à quatre mois de prison avec sursis et 3 600 euros de dommages et intérêts.
« En 2009, certains membres de l’IGPN comprennent qu’il y a quelque chose qui est en train de changer avec les vidéos, sans envisager pour autant la révolution que ça allait représenter. À l’époque, c’est surtout une question de violences dans les banlieues, de violences cachées », explique le sociologue Sebastian Roché, directeur de recherche au CNRS et spécialiste des rapports entre la police et la population. L’évolution technologique des téléphones et la multiplication des réseaux sociaux marquent un tournant dans la diffusion des vidéos des violences policières, en particulier lors de mouvements sociaux comme les manifestations contre la loi Travail, en 2016 (nous avions alors sélectionné 21 de ces vidéos).
« Les mobilisations de 2016 puis celles des gilets jaunes, avec l’unité de temps, de lieu et le nombre de manifestants, donc de témoins potentiels, marquent une véritable révolution », poursuit le sociologue, qui définit ce phénomène comme « une contribution majeure au contrôle de la police, d’autant plus lorsque les systèmes institutionnels qui en ont la charge sont insuffisants. En filmant ainsi l’action de la police, les citoyens sont devenus le principal agent de transparence, un acteur aussi important que le Défenseur des droits ou que le contrôle parlementaire ». Sebastian Roché rappelle par ailleurs la faiblesse des commissions parlementaires pour contrôler la police, qui se cantonnent trop souvent à « l’audition de syndicats de police qui font part de leur manque de moyens ». Le sociologue met néanmoins en garde : « Filmer la police est pour l’instant protégé par la loi. Mais comme toute liberté, elle est fragile et il y a toujours une possibilité de la rogner, d’autant que les velléités pour le faire sont nombreuses, en premier lieu du côté des syndicats de police. » 
Selon Sebastian Roché, la volonté des policiers de masquer leur identité, en ne portant pas leur RIO (numéro d’identification) ou en dissimulant leur visage, est une pratique qui n’est pas seulement liée aux enregistrements dont ils sont la cible, mais s’inscrit dans une dynamique antérieure : « Tout cela renvoie au même modèle, celui d’une police qui veut travailler à l’écart de la société, alors que les policiers anglais portent leur nom sur leur uniforme. En France, ils ne sont toujours pas dans le modèle de la police démocratique du XXIe siècle, celle qui va rechercher la confiance. Or comment peut-on faire confiance à un homme masqué qui porte un LBD ? » Mais pour autant, même filmés, les policiers n’ont pas changé leur comportement. « Ce n’est pas un corps qui est préparé à réfléchir sur lui-même. Nombre de syndicats de police se plaignent qu’on questionne la police. L’idée d’avoir à se justifier, c’est une idée avec laquelle ils ne sont pas familiers et on le voit largement dans la police française », conclut le directeur de recherche au CNRS. L’absence de transparence de la police nationale a rapidement amené des collectifs (Urgence notre police assassine, Stop violences policières, Désarmons-les !) à inviter tout un chacun à filmer les violences policières pour les dénoncer et soutenir les victimes. « Surveillons ceux qui nous répriment. Servons-nous de caméras vidéo, d’appareils photo pour nous protéger des violences policières » : le site Copwatch, sur le modèle du mouvement citoyen américain né dans les années 1990, a été l'un des premiers à dénoncer publiquement les abus des forces de l’ordre. Les photos des fonctionnaires y défilent mais très vite, après une plainte du ministre de l’intérieur Claude Guéant pour « injures et diffamations envers des fonctionnaires de police », le site Copwatch Nord-Île-de-France est interdit par la justice le 4 octobre 2011. 
D’autres initiatives prennent la suite en prenant garde de ne pas tomber dans la diffamation ou l’appel à la haine. C’est le cas du collectif Désarmons-les !, créé en 2012 pour informer sur les dangers des armes du type lanceur de balles de défense, grenade de désencerclement ou GLI-F4, et qui, depuis 2014, soutient également les victimes de violences policières, notamment dans leurs démarches juridiques. « L’usage de la vidéo au sein de notre collectif était initialement controversé, précise l’un de ses fondateurs, Ian. Parce que dans des mobilisations, il peut y avoir des actes de révolte légitimes de la part de manifestants et donc les filmer peut aussi leur porter préjudice. Mais la vidéo est devenue incontournable. » En cela, Ian soutient le copwatching : « Notre position est de se réapproprier les moyens d’enquête et, de ce point de vue, filmer la police permet d’en dénoncer les violences et d’en avoir les preuves. Mais ensuite, les vidéos ne suffisent pas toujours à faire condamner les policiers, qui se cachent derrière la légitime défense. Et lorsque des peines sont prononcées, elles restent légères. Il s’agit souvent de sursis sans inscription au casier. Ce qui est aussi très significatif de l’impunité dont ils peuvent jouir et de la proximité des magistrats et des policiers. » Les vidéos permettent parfois d’identifier le policier auteur de violences et, dans certaines affaires, elles ont joué un rôle prépondérant. Hervé Gerbi, avocat grenoblois spécialisé dans l’aide aux victimes, intervenant sur les violences policières, rappelle que « selon le code de procédure pénal, les infractions peuvent être établies par tout mode de preuve. La preuve est libre et les vidéos en sont donc naturellement ». Mais « l’usage de la vidéo pose la question de la loyauté dans la preuve : les vidéos restent en effet sujettes à interprétation et il faut donc essayer d’avoir l’avant et l’après pour recontextualiser l’événement litigieux et démontrer que le contexte ne justifiait pas l’emploi de la force ou qu’elle était disproportionnée », nuance l’avocat. 
Laurent Théron, éborgné lors d’une manifestation contre la loi  Travail (15 sept. 2016)
« Dans mon malheur, j’ai eu de la chance », explique Laurent Théron, syndicaliste de SUD Santé, éborgné par un éclat de grenade à main de désencerclement (GMD), le 15 septembre 2016, alors qu’il manifestait contre la loi Travail [interview sur Désarmons.les]. « Sans les vidéos, je ne sais pas si l’enquête aurait pu aboutir. D’autant qu’au début, lorsque l’IGPN est venue me voir à l’hôpital, ils ont émis l’hypothèse que j’avais pu être éborgné par une grenade artisanale lancée par des manifestants », affirme Laurent Théron, qui n’a pu reprendre son poste de secrétaire médical qu’en septembre 2019. Son avocat, Me Julien Pignon, précise que deux vidéos de témoins, champ et contre-champ, ont permis d’identifier le CRS et la grenade utilisée. « Les images ont démontré que le contexte ne justifiait pas l’emploi de cette arme, explique Julien Pignon. Et le lancer n’était pas conforme, puisque le CRS la lance par-dessus l’épaule et non au sol. C’est tout à fait exceptionnel et les vidéos ont permis à une enquête impartiale d’être menée. » Le 20 mai 2019, près de trois ans après les faits et à l’issue de l’instruction, le CRS a été renvoyé aux assises pour « violences volontaires ayant entraîné une mutilation ou une infirmité permanente par personne dépositaire de l’autorité publique ». Son avocat Laurent-Franck Lienard  a fait appel de cette décision.


LIRE : Laurent-Franck Lienard, un avocat au service de l’ordre policier… rétribué par la République


Encouragés par les récentes directives qui prescrivent un dispositif plus musclé envers les manifestants et conscients des risques d’être filmés, les policiers usent de tous les stratagèmes pour se trouver hors champ des objectifs, quels qu’ils soient. Souvent violemment, ils interdisent aux manifestants de filmer et tentent de détruire parfois leurs téléphones, faits passibles de poursuites disciplinaires (selon le code de déontologie de la police et gendarmerie nationale) et judiciaires (relevant notamment de la dégradation ou destruction d’un bien d’autrui).
« Les policiers n’ont manifestement pas connaissance du droit ou n’ont pas compris ou intégré la règle de la liberté des citoyens de les filmer, estime l’avocat Slim Ben Achour, qui se bat notamment contre les contrôles au faciès. Ce déni du droit leur permet de légitimer leur travail et de les protéger dans leurs mauvaises actions, voire leurs comportements illégaux. Que ce soit dans les banlieues ou dans les manifestations, le constat est le même : non seulement la formation des policiers pose problème mais également la culture de l’impunité. Et les vidéos ont un rôle essentiel pour lutter contre cette culture », constate Slim Ben Achour. « Mais collecter autant de preuves et de témoignages est hélas difficile, voire impossible dans les quartiers populaires, où les interpellations peuvent tout aussi mal se passer que lors des manifestations, mais à l’abri des regards. D’ailleurs, concernant les violences policières que je traite, essentiellement dans des quartiers populaires ou en dehors des manifestations, je n’ai quasiment jamais les vidéos permettant d’apporter la preuve des abus des policiers », poursuit-il, rappelant le travail décisif du journaliste David Dufresne lors des mouvements des gilets jaunes (à lire ici). David Dufresne explique : « Ma référence est l’article 12 de la Déclaration des droits de l’homme, selon lequel “la garantie des droits de l’homme et du citoyen nécessite une force publique : cette force est donc instituée pour l’avantage de tous”. Il y a donc la nécessité de la publicisation, poursuit-il. C’est la caméra qui a rendu possible l’observation des pratiques policières. Et si on veut une force publique, il faut qu’elle soit sous le regard de celui qu’elle sert : le public. » Filmer, « c’est une garantie pour les citoyens mais aussi pour les policiers », soutenait le ministre de l’intérieur Bernard Cazeneuve, le 8 mai 2016, avant de légaliser, un mois plus tard, le recours à des caméras-piétons, sanglées sur l’uniforme des agents et visant à minimiser les tensions lors des interpellations, mais aussi à retracer le comportement de chacun.
Sept Gilets Jaunes énucléés pour raison d’État sous le régime Castaner/Lallement/Macron
Leur usage a depuis été étendu aux opérations de maintien de l’ordre, notamment pour retracer et recontextualiser les tirs de lanceur de balles de défense (LBD). « Le problème est que ces caméras fonctionnent mal, voire pas, et ne sont pas adaptées aux manifestations », commente le secrétaire général du syndicat Unsa Police. C’est ce qu’a d’ailleurs rappelé son syndicat à Christophe Castaner, dans un courrier daté du 23 octobre 2019 (évoqué par Le Canard enchaîné du 22 janvier). Il y alerte ainsi le ministre : les caméras mises à disposition de la police nationale sont « inadaptées », notamment en termes de « fixations », trop fragiles, et de faible « autonomie » (leur batterie permettant deux heures d’enregistrement, alors que des modèles existent avec une autonomie de plus de dix heures). Le syndicat regrette au passage le choix du « fabricant “made in China” ». « Le constat est affligeant […], la police nationale est lamentablement en retard », conclut-il. Réponse de la Direction générale de la police nationale (DGPN) le 30 décembre 2019 : « Le nouveau marché des caméras-piétons a été notifié en avril 2018 à la société Allwan pour un produit de la société chinoise HiK Vision. Si ce produit n’a pas obtenu la meilleure note technique lors de son analyse des offres […], cette société a remporté le marché public en proposant un meilleur prix. » Confirmant les dysfonctionnements, le directeur général de la police apporte surtout un éclairage jusqu’à présent démenti par la communication officielle du ministère concernant son intention de doter les porteurs de LBD de caméras : « Si le port de l’arme individuelle était systématiquement associé au port de la caméra, le nombre de 10 400 caméras en dotation dans la police nationale serait insuffisant pour équiper tous les policiers. De plus, l’instruction relative à l’emploi des caméras ne liste par les cas d’utilisation de la caméra, afin de laisser aux policiers de terrain une certaine autonomie d’appréciation concernant son utilisation. »

LIRE : Les propos répugnants de Thibault de Montbrial, l’avocat (rétribué par la République) des assassins de Cédric Chouviat


En somme, les porteurs de LBD peuvent choisir à leur guise de porter une caméra ou pas. Contactée par Mediapart, la Direction générale de la police nationale affirme qu’une « expérimentation sur deux modèles de caméra » doit être conduite, sans apporter plus de précisions sur le calendrier. Certains syndicats de police comme Alliance risquent de grincer des dents à cette annonce. Le secrétaire général adjoint d’Alliance, Stanislas Gaudon, ne souhaite ni que les policiers soient filmés ni qu’ils soient munis de caméras sur leurs LBD. « Il y a beaucoup d’exagération avec les LBD. Si l’on considère le nombre de tirs durant les mouvements des gilets jaunes et le nombre de blessés, il y a de quoi relativiser », estime-t-il, avant d’ajouter que « plutôt que de fixer des caméras sur les LBD, il serait préférable d’investir dans des protections pour les policiers ou dans leur armement ».

dimanche 9 février 2020

Macronavirus. L’outrage Covid-19 fait son entrée dans le Code pénal


La publication du présent papier était prévue pour l’automne 2020, à l’occasion d’une relance de la pétition pour en finir avec le délit d’outrage, douze ans après la première, en 2008. La recrudescence des poursuites ubuesques, par des flics qui se croient tout permis, pour outrage et rébellion, pendant la grande assignation à résidence consécutive à la pandémie de Covid-19, m’amènent à anticiper sa publication sur ce journal. En même temps que sur le site du CODEDO


Petit historique, pour celles et ceux qui découvriraient ce qu’est l’ignominieux délit d’outrage.

30 décembre 2008. Une tribune initiée par 13 citoyens, dont Hervé Éon (poursuivi pour avoir brandi une pancarte Casse-toi pov’con devant le cortège de Sarkozy à Laval, condamné à une amende de 30 € avec sursis) et Romain Dunand, co-auteur avec ma pomme d’une Lettre au Garde des Sceaux pour dépénaliser le délit d’outrage, est publiée dans Libération [Pour la fin du délit d’outrage].
Novembre 2009. Alors que ce délit est abondamment utilisé par des préfets dans la répression sarkozyste du mouvement d’aide aux sans-papiers (Macron et Castaner n’ont rien inventé !), nous lançons, sur le site de la Ligue des droits de l’Homme, une pétition appelant à dépénaliser les délits d’outrage et d’offense au chef de l’État, qui recueillera 26.000 signatures et bénéficiera d’une grande médiatisation : Rue89, France Inter (Le Téléphone sonne), France Culture, France 2 (Envoyé Spécial), Ouest-France, Le Monde, Le Figaro, Libération, La Croix, Le Parisien, Les Inrocks, Le Nouvel Observateur, la plupart des grands hebdos et quotidiens régionaux. Jusqu’au prestigieux The Times, qui notait l'aberration de ce délit à la française, inexistant dans les pays anglo-saxons. Bien entendu,  ni la Chancellerie, ni l’Élysée, ni le ministère de l’Intérieur ne nous répondrons.
Angers, 4 février 2009, procès en appel d’Hervé Eon.
Cinq ans plus tard, la France supprimera le délit d’offense au chef de l’État

Juillet 2013. À la suite de la saisine par Hervé Éon de la CEDH, qui ordonna à la France de s’en défaire, le délit d’offense au président de la République est chassé du code pénal. Il n’en fut pas de même pour l’outrage, plus que jamais ancré dans les mauvaises habitudes des “forces de l’ordre” (s’apparentant de plus en plus à un ramassis de flics racistes et/ou décérébrés), et dont nous énumérions ici les 10 raisons de le dépénaliser.


Plus de délit d’offense au chef de l’État, donc.
Mais le délit d’outrage, officiellement destiné à protéger les représentants de l’autorité publique, et que l’avocat Thierry Levy, qui défendit Maria Vuillet dans son procès contre l’infâme sous-préfet Lacave aux heures noires de la Sarkozie, qualifiait d’obsolète, prospère, glissant vers une pente presque exclusivement politique. Instrument de répression du mouvement social, c’est donc un délit d’exception, purement politique, avec la plupart du temps comme point de départ des violences policières. Tout policier coupable de violences envers un manifestant (ou un passant) poursuit systématiquement sa victime pour outrage et, de plus en plus souvent, pour rébellion. 
Cet outil de basse police, destiné à réprimer les citoyens protestant contre la politique gouvernementale, a connu une utilisation accrue sous le quinquennat du pleutre Hollande (manifestations de 2017 contre la loi-Travail, généralisation du passage, début de l’interdiction de manifester).
Sous la présidence Macron, il a connu une recrudescence tous azimuths pendant la révolte des Gilets jaunes (novembre 2018 jusqu’au confinement de mars 2020) et les manifestations, sauvagement réprimées, contre le régime des retraites (2019-2020), sous l’impulsion du ministre de l’Intérieur le plus répressif et liberticide qu’ait connu la France depuis la Libération, Christophe CastanerAvec l’arrivée à la préfecture de police de Paris du psychopathe Didier Lallement, en remplacement du préfet Delpuech, jugé trop timoré, un cap dans la brutalité a été franchi. À Paris et en province, les préfets, les commissaires, les magistrats se lâchent. Avec une sinistre mention pour Nantes la révoltée, où le préfet Claude d’Harcourt se surpasse, couvrant les innombrables exactions policières – y compris la répression sanglante de la fête de la musique, qui provoquera la mort de Steve Maïo Caniço, noyé dans la Loire.
Avec le confinement Covid-19, les choses ne se sont pas arrangées, bien au contraire, comme on le verra plus loin. Les flics (racistes, mais pas toujours) se lâchent. Le respect des lois est le cadet de leurs soucis. Ce qui les intéresse, c’est cogner. C’est, pour reprendre une formule à la mode, leur ADN.


La police n’hésite plus à passer le mur de l’ignominie, lorsqu’elle accuse en janvier 2020 Cédric Chouviat, ce livreur en scooter massacré par trois policiers lors d’un banal contrôle routier, et décédé, de les avoir outragés.
  Ajoutons que de plus en plus fréquemment, on assiste à un glissement vers le champ hors-la-loi : des personnes sont poursuivies par des parquets pour des faits qui, pénalement, ne relèvent pas du délit d’outrage (lequel est non public), mais de celui de l’injure publique ou de la diffamation, sont condamnées par des magistrats dont on se demande comment ils font pour dormir la nuit.
Avec le confinement Covid-19, les choses ne se sont pas arrangées, bien au contraire. Les flics (racistes, mais pas toujours) se lâchent. Le respect des lois est le cadet de leurs soucis. Le pouvoir fascisant de Macron ne peut plus les contenir. Ce qui les intéresse, c’est cogner. Pour reprendre une formule à la mode, c’est, en quelque sorte, leur ADN. Le gardien de la paix avec pèlerine et hirondelle n’est plus qu’un très très lointain souvenir. Ce qui fera dire à Maurice Rajsfus, historien de la police de Vichy et de celles d’après, comptable 30 ans durant des bavures policières, avant de passer le relais au journaliste David Dufresne : Je n’aime pas la police de mon pays.

Quelques cas de [pardonnez le néologisme] d’outrages Covid-19 parmi des dizaines d’autres. Des milliers, si on ajoute à cela les innombrables contraventions farfelues pour non-respect du confinement distribuées à la pelle par la police de Castaner.

Kevin Limousin, 30 ans, que le tabassage filmé, lors d'un contrôle d'attestation Covid-19 (alors qu’il changeait les bougies de sa voiture, en bas de chez lui) va conduire au tribunal pour outrage et rébellion.
Maré Ndiayeaide-soignante, poursuivie pour outrage pour avoir interpellé Macron lors de sa visite à l’hôpital de campagne de Mulhouse
Ramatouaye, 19 ans, tasée le 19 mars à Aubervilliers, en rentrant des courses car elle avait perdu son attestation, qui sera, elle aussi, poursuivie pour outrage et rébellion.
* À Marseille, une dame de 88 ans discute sur un banc avec sa fille venue lui rendre visite. Elles ont leurs autorisation. Un policier demande à la vieille dame de se lever. Sa fille prend sa défense. Outrage.
* À Toulouse, une femme est mise en garde à vue et poursuivie pour délit d’outrage. pour avoir déployé sur la façade de sa maison une banderole MACRONAVIRUS : À QUAND LA FIN ?

mardi 4 février 2020

Quand le ministre des Violences Policières Castaner s'enfuit sous les huées des Gilets jaunes

La scène se passe lundi 3 février en fin d’après-midi. Christophe Castaner, le ministre de l’Intérieur et des Violences Policières, est en visite au Musée des Arts Forains, dans le 12e arrondissement parisien. Pour assurer sa sortie, un dispositif policier habituel. Et des manifestants, prévenus par les Réseaux sociaux, accourus pour le huer, provoquant un sprint de quelques dizaines de policiers courant comme des lapins, devant la caméra d’Amar Taoualit, journaliste à Périscope.

lundi 20 janvier 2020

Clément, le manifestant violemment frappé à la tête par un CRS samedi 18 janvier, sera jugé pour violences, rébellion et participation à un groupement en vue de commettre des violences et des dégradations

Tout arrive en Macronie !
Le policier filmé en train de frapper un manifestant à Paris [la vidéo est ici], près de la gare de l’Est, samedi 18 janvier lors de l’acte 62 des Gilets jaunes, a porté plainte contre ce dernier pour "violences volontaires".
Un policier du syndicat d’extrême droite Alliance, Sébastien Gaudon, allant même jusqu'à prétendre que son collègue lui aurait frappé le visage pour l‘empêcher de lui cracher son sang à la figure”.
Florilège du mensonge policier :
Suite à la décision du procureur de la République de Paris de le faire juger en comparution immédiate, les avocats de Clément, 20 ans, ont demandé sa libération dans ce communiqué de presseIl sera finalement jugé à une date qui reste à déterminer, pour “violences sur personnes dépositaires de l’autorité publique”, “rébellion” et participation à un groupement formé en vue de commettre des violences et des dégradations.
Le parquet n’a pas encore statué sur sa possible remise en liberté.