dimanche 24 janvier 2016

Rachide Boubala, outrages, rébellion, emmerdements : histoire d’une déshumanisation carcérale

Rachide Boubala n’a jamais tué personne, ni même versé une goutte de sang. Entré en prison à l’âge de 19 ans pour un simple braquage, il y est toujours 20 ans plus tard, et a connu 93 déménagements carcéraux.
Son crime ? S’être révolté, d’une façon obsessionnelle, avoir emmerdé (au propre et au figuré) les matons et l’administration pénitentiaire, s’être laisse broyer par l’engrenage. Ses délits ? Essentiellement des outrages (l’outrage coûte très cher lorsque l’on est détenu…), des injures, des actes de rebellion, des agressions de matons, des envois d’excréments… Et une condamnation très lourde (8 ans) pour une prise d’otage d’un gardien en décembre 2013 à la prison de Fresnay-sur-Sarthe. Initialement prévue en 1999, sa date de sortie est désormais fixée à 2037.
Le journal L’Envolée avait fait état du cas de ce prisonnier hors-normes. Voici maintenant un portrait saisissant paru sur le site FranceTVInfo.

samedi 23 janvier 2016

Le policier responsable de la mort d’Amine Bentounsi et qui avait été acquitté sera rejugé

Portrait de D. Saboundjian (croquis Elisabeth de Pourquery)
Damien Saboundjian, le policier responsable de la mort d’Amine Bentounsi et qui avait été acquitté sera rejugé, suite à l’appel du Parquet de Bobigny.
Lire sur le Courrier de l’Atlas.

vendredi 22 janvier 2016

Sarkozy regrette son "Casse-toi pov’con!" Historique de l'insulte qui a conduit à l’abrogation du délit d’offense au chef de l’État


Dans son livre "La France pour la vie", Nicolas Sarkozy déclare, à propos de l’insulte Casse-toi pov’con ! adressée à un homme dont on sait juste qu’il se prénomme Albert en février 2008 au salon de l’Agriculture : "Ce fut un erreur, car il avait le droit de penser ce qu’il disait, même s’il n’avait pas à me le dire ainsi. Mais en lui répondant, je me suis mis à son niveau. Ce fut une bêtise que je regrette encore aujourd'hui. En agissant ainsi, j'ai abaissé la fonction présidentielle."
C'est l'occasion de faire un rapide historique sur les "péripéties" qui ont conduit la France à abroger le délit d’offense au président de la République, en juillet 2013, grâce à l’un de cofondateurs du CODEDO, Hervé Eon, à son avocate Dominique Noguères et à… Nicolas Sarkozy.


23 février 2008. Salon de l'Agriculture. Nicolas Sarkozy lance à un visiteur qui refuse de lui serrer la main : « Casse-toi pov’ con! »
28 août 2008. Visite de Sarkozy à Laval. Hervé Éon brandit une pancarte CASSE-TOI POV’ CON!  Plainte du procureur de la République Alex Perrin. La justice le condamne à 30 € d’amende avec sursis. La cour d’appel d’Angers confirme le verdict. L’affaire est portée devant la Cour européenne des droits de l’homme, qui demande à la France de fournir des explications pour septembre 2011. Cela conduira à l'abrogation, le 23 juillet 2013, du délit d’offense au chef de l’État.
Juillet 2008. Procès de Maria Vuillet (poursuivie pour outrage par le sous-préfet d’Ile-de-France, relaxée). Création du CODEDO (Collectif pour une dépénalisation du délit d’outrage). Lancement d’une pétition demandant la dépénalisation du délit d’outrage et l’abrogation du délit d’offense au président de la République.
19 novembre 2008. Le sénateur Jean-Luc Mélenchon dépose une proposition de loi visant à abroger le délit d’offense au président de la République.
3 juillet 2009Patrick Levieux, poursuivi (pour tapage diurne) pour avoir crié SARKOZY, JE TE VOIS ! dans la gare Saint-Charles de Marseille lors d’un contrôle d’identité « musclé », est relaxé par le tribunal. Il explique ici comment il a médiatisé son geste en utilisant les ficelles du « story-telling ».
UNE JUSTICE A GEOMETRIE VARIABLE
28 janvier 2010. À l’invitation d’un mystérieux Fernand Buron prétendant être le « pov’con » du salon de l’Agriculture, 10 personnes se retrouvent devant l’Élysée pour souhaiter l’anniversaire du président. L’un d’eux, Jean-Jacques Reboux, brandit une pancarte CASSE-TOI POV’CON ! et une autre SARKOZY JE TE VOIS TROP. Il est interpellé et mis en garde à vue pour outrage au président de la République. Le parquet classe l’affaire en août 2010, estimant que « l’examen de la procédure n’a pas permis de caractériser suffisamment l’infraction » (alors qu'il s'agissait exactement de la même infraction que Hervé Éon, constatée, qui plus est, sous les fenêtres de la présidence).

15 février 2010. Remise à l’Élysée, à la Chancellerie et au ministère de l’Intérieur d’une pétition, signée par 20.000 personnes, demandant  la dépénalisation du délit d’outrage et l’abrogation du délit d’offense au président de la République.
1er février 2011. Un professeur du lycée français du Caire manifestant son soutien au peuple égyptien avec une banderole CASSE-TOI POV’CON! est rapatrié en France à la demande du ministère des Affaires étrangères. Il ne sera pas poursuivi pour offense à chef d’État étranger, le délit ayant été abrogé en mars 2004.
14 février 2011. Undépêche de l’AFP annonce la parution de Casse-toi pov’ con!, le livre-interview du « pov’con » du salon de l’Agriculture, Fernand Buron. Une seconde dépêche affirmera le lendemain qu’il s’agit peut-être d’un canular (ce qui ne change strictement rien à la problématique et au sens profond de la démarche…).
LES POV’CONS SE REBIFFENT
19 février 2011. Salon de l'Agriculture de Paris. Un visiteur crie «Casse-toi pov’con! » à Nicolas Sarkozy, qui s’apprête à quitter le salon après avoir participé à une table ronde avec des syndicats agricoles. Interpellé par les services de sécurité, il est placé en garde à vue pendant 6 heures et convoqué devant le tribunal correctionnel de Paris en avril, pour outrage au président de la République.

23 février 2011. 55 personnes se réunissent à proximité de l’Élysée, avec l’autorisation de la préfecture de police, pour un apéro Casse-toi pov’con! [vidéo sur La Télé Libreen compagnie d’un homme qui prétend être Fernand Buron. Au cours de cette manifestation, des pancartes CASSE-TOI POV’CON! et SARKZOY DÉGAGE! sont brandies. Aucun des manifestants n’a été interpellé ni poursuivi. L’auteur du livrCasse-toi pov’conpas plus que son éditeur, n’ont à ce jour fait l’objet de poursuites pour offense au président de la République.
5 avril 2011. Procès du visiteur ayant crié Casse-toi pov’con ! à Sarkozy (relaxé en mai). Cette affaire n’a pas été médiatisée par le CODEDO, à la demande de l’intéressé qui craignait des mesures de rétorsion de la part du député-maire d’Étampes (ami de Sarkozy), recordman de France de l’absentéisme parlementaire Franck Marlin.
30 juin 2011. Lors d'une visite de Sarkozy à Brax (Lot-et-Garonne), Hermann Fuster déjoue la vigilance des services de sécurité et agresse physiquement le président. Il sera condamné à 6 mois de prison avec sursis.

23 juillet 2013. Le Parlement français abroge le délit d’offense au chef de l’État, suite à la plainte déposée par Hervé Eon auprès de la Cour européenne des droits de l’Homme, qui exigera de la France qu’elle se débarrasse de ce délit.
LES "REGRETS" D’UN PRÉSIDENT (TRÈS) MAL ÉLEVÉ
25 janvier 2016Dans son livre "La France pour la vie", Nicolas Sarkozy déclare, à propos du Casse-toi pov’con !  : "Ce fut un erreur, car il avait le droit de penser ce qu’il disait, même s’il n’avait pas à me le dire ainsi. Mais en lui répondant, je me suis mis à son niveau. Ce fut une bêtise que je regrette encore aujourd'hui. En agissant ainsi, j'ai abaissé la fonction présidentielle."

samedi 16 janvier 2016

Acquittement pour le policier ayant tué d’une balle dans le dos Amine Bentounsi

Amine Bentounsi
La cour d’Assises de Bobigny a prononcé l’acquittement de Damien Saboundjian, le policier qui avait tué Amine Bentousni d'une balle dans le dos en avril 2012 (résumé ci-dessous). Alors que le déroulement du procès laissait espérer un verdict "juste" (un collègue de Saboundjian a avoué avoir menti pour protéger son collègue, ce qui infirmait la thèse de la légitime défense, et l’avocat général avait requis 5 ans de prison avec sursis),  l'annonce de ce verdict, rendu dans une salle comble, a provoqué l'indignation et la colère de la famille de la victime. Vidéo ici.
Abdellatif et Amal Bentounsi, père et sœur d'Amine
L’Humanité raconte comment, à la fin de l’audience, Amal Bentounsi, la sœur de la victime, qui s’est battue pour la tenue de ce procès, s’approche de l’avocat général, les larmes aux yeux : "Je voulais vous remercier, Monsieur, vous avez essayé…" Visiblement ému, celui-ci répond : "Je commençais à y croire, moi aussi. Je suis désolée, Madame." L’avocat général a annoncé qu’il allait demander au parquet de faire appel.
Le sentiment d’écœurement qui ressort de ce verdict est remarquablement résumé par le témoignage émouvant, sur sa page Facebook, de Nadir Dendoune, journaliste au Courrier de l’Atlas.
La réaction de l’avocat de la partie civile, Michel Konitzsur i.TELE.

mercredi 13 janvier 2016

Bobigny. Un policier avoue à la barre qu'il a menti pour couvrir son collègue Damien Saboundjian, qui prétend avoir tiré sur Amine Bentounsi en état de légitime défense

Le 12 avril 2012, Amine Bentounsi, en cavale, poursuivi par des policiers, était tué d’une balle dans le dos par un policier, Damien Saboundjian, qui comparaît depuis le 11 janvier devant la cour d’assises de Bobigny, répondant du chef d’accusation "d’avoir donné la mort sans intention de la donner". Le policier, comme toujours dans pareil cas, invoque la légitime défense. Les syndicats policiers, comme toujours – et en particulier le très droitier syndicat Alliance – viennent au secours de leur collègue, à coups de mensonges souvent grossiers.
Hier, alors que ce procès intervient dans un climat délétère, sur fond d’état d’urgence, de lois d’exception réduisant la liberté d'expression, et de pouvoirs toujours plus grands attribués aux policiers et leur attribuant systématiquement le bénéfice de la légitime défense,  il s’est pourtant passé quelque chose d’inédit lors de l’audience, qui pourrait bien constituer une date importante dans la trop longue histoire des violences policières impunies et la mansuétude de la justice vis-à-vis des policiers incriminés * et relancer le débat sur l’usage des armes par les forces de l’ordre. Hier, donc, mardi 12 janvier 2016, l’un des collègues du policier a craqué à la barre et a avoué qu’il avait menti pour couvrir son collègue, comme le relatent Le Parisien et Mediapart.

Il convient de rappeler que cela n’aurait sans doute pas été rendu possible sans le combat acharné d’Amal Bentounsi, la sœur d’Amine, au sein du collectif Urgence, notre police assassine en toute impunité, pour faire éclater la vérité sur cette énième mort par un membre des "forces de l’ordre", le plus souvent à caractère raciste. Amal Bentounsi, qui avait organisé le 31 octobre 2015 à Barbès, une marche des femmes contre les violences policières et le "racisme d’État", évoquait sur I.tele, un "homicide volontaire".
Amal Bentounsin, qui, dans l’entretien avec le site Les mots sont importants.net, conclut par ces mots : "Il faut créer un véritable rapport de forces. Les victimes de violences policières ont besoin d’être soutenues parce que l’injustice crée des monstres. Ce combat est une forme de thérapie : nous sommes presque d’utilité publique."

* On rappellera ici l’attitude fort magnanime envers les policiers violents de Mme Brigitte Lamy, procureure de la République de Nantes, qui classa sans suite la plainte de six manifestants gravement blessés par des policiers lors d’une manifestation contre l’aéroport Notre-Dame-des-Lances, en février 2014, mais qui, n’écoutant que son courage, n’hésita pas à poursuivre pour "injures publiques" un écrivain blogueur, co-fondateur du CODEDO, qui avait justement dénoncé cette attitude.

mardi 5 janvier 2016

Michel Ratombozafy, victime de violences policières, poursuivi pour outrage aux Sables d'Olonne : "Ce policier avait vraiment la haine dans les yeux »

La photo de son visage tuméfié et ensanglanté est impressionnante. Michel Ratombozafy dit être encore sous le choc de ce qui lui est arrivé dans la nuit de samedi à dimanche. Comme beaucoup de monde ce soir-là, le jeune homme de 19 ans se trouvait avec des amis dans un bar situé au port des Sables d’Olonne. Vers une heure du matin, un ami à lui est interpellé par une patrouille de police juste en face du bar… La suite de cette histoire, qui rappelle la terrible affaire Jérémie, qui se déroula en 2003 à Villepinte (Seine-Saint-Denis), est racontée par le Bondy Blog.
Michel Ratombozafy sera, comme de bien entendu, poursuivi pour outrage par des policiers qui sont allés jusqu’à appeler le domicile familial pour demander la suppression d’une page Facebook dans laquelle une amie de Michel lançait un appel à témoins, avec la photo du jeune homme ensanglanté, en le menaçant de l’embarquer une nouvelle fois…

mercredi 30 décembre 2015

Pantin enrage contre les "cow-boys". L'avocat de Zahra Kraiker évoque un "racisme d’État"

Depuis quatre jours, Zahra Kraiker « ne dort plus », « ne mange plus ». « Ma dignité en a pris un coup », raconte cette femme de 45 ans, habitante de Pantin (Seine-Saint-Denis). Samedi, en fin d’après-midi, elle a été victime d’une «agression policière» à deux pas de son immeuble. [Cette affaire est évoquée ci-dessous.]

lundi 28 décembre 2015

Pantin. Tabassée par des policiers racistes pour s'être opposée à l'interpellation brutale de ses deux fils, une mère porte plainte pour violences policières

Samedi 26 novembre, Pantin (Seine-Saint-Denis). Deux frères de 15 et 18 ans contrôlés par la police sont matraqués par les "forces de l’ordre". La mère, ne supportant pas de voir ses fils brutalisés, intervient et se fait à son tour gazer et matraquer par les flics, qui accuseront, comme de bien entendu, et selon un modus operandi désormais bien rôdé, repris en chœur par les syndicats policiers, les deux jeunes d’outrage.
Après s’être vue prescrire une ITT de 10 jours, la mère, Mme Zahra Kraiker, a décidé de porter plainte pour violences policières. La recrudescence de ces violences policières à caractère raciste – appelons un chat un chat et un flic raciste qui se déchaîne sur des Arabes un flic raciste –, semble montrer que la police française, de plus en plus gangrénée par de tels individus, n’a plus grand-chose de républicain. Et prend, tranquillement mais sûrement, le chemin des Etats-Unis, pays où il ne fait pas bon se trouver sur le passage des "forces de l'ordre" quand on a la peau noire…

Lire dans Libération l’article de Sylvain Mouillard, Pantin enrage contre les "cow-boys"

Vidéo de l'interpellation, diffusée par France 3, qui utilise l’euphémisme "intervention musclée" pour "matraquage sauvage", filmée par une voisine, et le témoignage des parents des deux adolescents.

mercredi 23 décembre 2015

Quand Frédéric Péchenard, l'homme qui veut des tests salivaires de dépistage de cannabis dans les lycées, étouffait les poursuites pénales contre son fils

Frédéric Péchenard, n°2 de la nouvelle patronne de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse, vient de présenter sa toute nouvelle mesure : des tests salivaires de dépistage de cannibis dans tous les établissements scolaires de la région. Cette mesure, qui suscite de nombreuses critiques, semble d'ailleurs mal engagée.
Gageons que les médias ne vont pas se bousculer au portillon pour rappeler la morale à géométrie variable de cet individu qui, en 2010, alors qu’il dirigeait la Police nationale, était intervenu auprès des policiers pour étouffer une affaire dans laquelle son fils aurait dû être poursuivi pour outrage.

Voici ce que nous disions à l’époque sur Mediapart et sur le site du CODEDO.
17 juin 2009, le fils de Frédéric Péchenard (directeur général de la Police nationale et ami d'enfance de Sarkozy), alors âgé de 16 ans, est arrêté par des policiers pour conduite en état d'ivresse sur un scooter. S'en suivent des insultes [Tu fais qu'un métier de con, je vais te muter à la circulation!], qui auraient conduit (pour le moins) n'importe quel citoyen lambda en garde à vue pour outrage.
L’affaire a été révélée par Le Parisien. L’OPJ de permanence cette nuit-là a reçu l'ordre de ne pas placer l'interpellé en garde à vue et de ne pas aviser la permanence de nuit du parquet. Cette affaire rappelle le cas tout récent de Gilles Dufeigneux, chef de cabinet adjoint du Premier ministre, également arrêté pour conduite en état d'ébriété, contraint à la démission mais non poursuivi, alors que son attitude était caractéristique d'un délit d'outrage.

vendredi 18 décembre 2015

18 adolescents du 12e arrondissement de Paris portent plainte pour violences policières


Dix-huit garçons et filles du quartier Reuilly-Montgallet (12e arrondissement) viennent de porter plainte contre des policiers pour violences, harcèlement, injures racistes, etc. Porter plainte contre un policier n’est jamais chose facile en France. Le juge, presque toujours, est du côté des "forces de l’ordre". Le faire quand on a entre 15 et 18 ans encore moins.


On relira avec intérêt l’un des multiples livres de Maurice Rajsfus sur le sujet, Je n’aime pas la police de mon pays, paru aux éditions Libertalia, et Souscription pour l’édification d’un monument au policier inconnu, récemment réédité aux éditions de La Pigne.


vendredi 11 décembre 2015

Babacar Guèye, sénégalais, 27 ans, abattu par la police à Rennes

Dans la nuit du 2 au 3 décembre 2015, Babacar Guèye, Sénégalais de 27 ans, a reçu cinq balles dans le corps. C’est un policier qui a tiré. L’incompétence manifeste des agents de l’ordre, couverte plus que jamais par l’état d’urgence, voilà qui explique probablement le drame. La version des journaux « respectables », reprise de la version du procureur, ne laisse pas d’intriguer, sinon de révolter.
La suite sur le blog Mediapart.
Témoignage de Awa Guèye, la sœur de Babacar. Ses amis organisent une marche silencieuse le samedi 12 décembre à Rennes.

jeudi 10 décembre 2015

"Qui a tué Ali Ziri ? Contre-enquête sur les violences policières", un film de Luc Decaster

Le 11 juin 2009, Arezki Kerfali, 61 ans, et Ali Ziri, 69 ans, sont interpellés, en état d'ivresse, par la police nationale d’Argenteuil, lors d’un contrôle routier. Ali Ziri quitte le commissariat dans le coma et décède à l’hôpital deux jours plus tard. S‘en suivra une plainte de la famille, et une longue bataille judiciaire, la justice ayant, comme presque toujours dans pareil cas en France, classé l’affaire (actuellement en cassation).
Luc Decaster a réalisé un documentaire sur cette affaire. Pendant cinq ans, il a filmé le combat du collectif de citoyens Vérité et Justice pour Ali Ziri. Télérama a interviewé l’un d’entre eux, Omar Slaouti.   À lire ICI.

jeudi 3 décembre 2015

Eric Pétetin condamné à six mois de prison ferme pour "outrage raciste" : un dangereux dérapage sémantique


Le militant éologiste Eric Pétetin, connu pour son combat contre le tunnel du Somport, vient d’être condamné en comparution immé-diate à 6 mois de prison ferme pour "outrage raciste [sic] et coups à un agent à la peau noire" [sic], à l’issue d’un contrôle routier qui a mal tourné, non loin de l’Élysée.
Outre la disproportion de la peine, qui intervient en plein délire des procédures d’exception liées à l’état d’urgence voté par le Parlement à la suite des massacres du 13 novembre, le plus surprenant est la dénomination aberrante figurant dans le verdict, avec l’ajout de l’adjectif qualificatif "raciste" au substantif "outrage". En effet, le délit d’outrage raciste ne figure pas dans le Code pénal. On peut être condamné pour outrage à agent, outrage à magistrat, outrage à inspecteur du travail, etc, mais pas pour outrage à fonctionnaire à la peau noire.
Ce dangereux dérapage sémantique, qui va de pair avec les manipulations du pouvoir à propos de la manifestation interdite du 29 novembre, place de la République, en dit long sur le climat sécuritaire en train de s’installer en France. Après avoir monté en épingle une opération médiatique (300 gardes à vue débouchant sur quatre poursuites devant les tribunaux) visant à dire : "Voilà ce qui arrive aux mauvais Français qui bravent l’interdit de l’état d’urgence…", c’est comme si on disait : "Voyez ce militant écologiste, Eric Pétetin ! Non seulement, il se comporte mal à l’égard des forces de l’ordre, mais en plus, c'est un individu raciste!"

dimanche 29 novembre 2015

État d'urgence, un homme poursuivi pour outrage pour s'être opposé à des violences policières dans le 18e arrondissement de Paris

Mercredi 25 novembre, Arthur rentre chez lui. Rue Affre, dans le XVIIIe arrondissement, il est témoin d'une violence policière hors du commun. Quatre hommes en civil se ruent sur un type, le mettent au sol et commencent à le rouer de coups. Arthur pense alors à s'interposer. De l'autre côté de la rue, un homme a la même idée. Il élève la voix en direction des quatre qui tabassent, qui répondent : "Tu en veux aussi, c'est ça? Viens !"
La suite de cette histoire édifiante, qui a conduit à l'interpellation d'un jeune couple, est à lire sur le site Rue 89. La femme a écopé d'un rappel à l'ordre. L'homme, retenu en garde à vue pendant 40 heures au commissariat de La Goutte d’Or, va être poursuivi pour outrage et violences. (Les flics prétendent l'avoir entendu crier "Daech".)

samedi 28 novembre 2015

Lucile, condamnée à trois mois de prison ferme pour outrage

Le 25 novembre avait lieu à Bobigny le procès de Lucile, poursuivie pour outrage, pour avoir dit (entre autres) à des policiers, lors d'un contrôle : « Vous êtes des putes, vous avez des uniformes de putes, bande de chiens » et avoir refusé de se soumettre à un relevé d’empreintes digitales. Elle raconte son histoire sur le site Paris.Lutte.Info.
En détention provisoire à Fleury-Mérogis depuis 6 semaines, celle-ci a été condamnée [lire ici] à trois mois de prison ferme !

mercredi 25 novembre 2015

Bravons l'état d'urgence, manifestons le 29 novembre

Libération publie ce matin un appel à braver l’état d’urgence et à manifester pour le climat le dimanche 29 novembre, malgré l'interdiction du gouvernement.
On peut signer la pétition ICI.

dimanche 1 novembre 2015

Un collectif de femmes organise une marche de la dignité contre les violences policières

Le 31 octobre 2015, une semaine après la manifestation de Pont-de-Buis, devant l'usine fabriquant les grenades de la police qui crèvent (notamment) les yeux des manifestants [lire sur Reporterre], un collectif de femmes organisait à Paris une marche de la dignité afin de remettre la question des violences policières au cœur du débat politique.

Amal Bentousi, Urgence, notre police assassine
Ce collectif a été créé à l'initiative d’Amal Bentounsi, fondatrice du collectif Urgence, notre police assassine, dont le frère, Amine Bentounsi, a été tué d'une balle dans le dos par un policier le 22 avril 2012 à Noisy-le-Sec. Le procès du meurtrier, Damien Saboundjan, se tiendra du 11 au 15 janvier 2016 devant la cour d’Assises du tribunal de Bobigny (Seine-Saint-Denis). La famille de la victime sera défendue par Eric Dupont-Moretti. Nous avions rencontré Amal le 5 mars 2015 [lire ici], lors du procès du Jura Libertaire.

samedi 31 octobre 2015

Une manifestation calme pour dénoncer l’usine qui fabrique les grenades et les balles de la répression policière

À Pont-de-Buis (Finistère),  une usine méconnue fabrique grenades et balles, utilisées pour la répression policière, et qui souvent, tuent et blessent. Contre cette usine de mort, manifestations et débats ont eu lieu les 25 et 26 octobre, un an après la mort de Rémi Fraisse.
Compte-rendu de Nicolas de la Casinière sur le site Reporterre.

jeudi 22 octobre 2015

Et si le délit d'outrage était chassé du Code pénal grâce… à Henri Guaino ?

Cette alternative, qui paraissait insensée, incongrue, inepte jusqu’à hier, est tout à fait envisageable depuis que la Cour d'appel de Paris a condamné [lire ci-dessous] Henri Guaino (relaxé en première instance) à 2.000 euros d'amende. Il suffirait pour cela :
– qu'il soit de nouveau condamné en cassation
– qu'il se tourne vers la Cour européenne des droits de l'Homme
– que celle-ci, comme elle l'avait fait pour le délit d’offense au chef de l’État, grâce au camarade Hervé Éon et à l'affaire "Casse-toi pov’con!", condamne la France
– et que les parlementaires français soient contraints, comme ils l'ont fait pour le délit d'offense au chef de l’État, de supprimer l'absurde délit d’outrage
On en reparle fin 2016, début 2017 ?

Henri Guaino condamné en appel à 2.000 euros d'amende pour outrage contre le juge Gentil

Henri Guaino, relaxé en première instance dans le procès qui l'opposait au juge Jean-Michel Gentil, a été condamné en appel (le Parquet avait fait appel) à une amende de 2.000 euros. Son avocat, Eric Dupont-Moretti, a annoncé que son client allait se pourvoir en cassation. Procès qu’il gagnera forcément, dans la mesure où le propos reprochés à l'accusé ont été tenus publiquement, alors que l'outrage ne concerne que les actes, paroles ou dessins non publicsS'il est de nouveau condamné en cassation, cela se terminera devant la Cour européenne des droits de l'homme.
Il ferait beau voir que le délit d'outrage soit, comme celui d'offense au chef de l'Etat, chassé du Code pénal grâce à l'Europe. Et grâce à Henri Guaino, l’ex-conseiller de Nicolas Sarkozy, grand ressusciteur du délit d’outrage pour raisons politiques.
Précisons que ce scénario est tout à fait de l'ordre du possible ! 

Le procès du 22 octobre 2014 vu par J.-J. Reboux dans L’Humanité.