dimanche 2 août 2020

Le procès de Taha Bouhafs (outrage et rébellion) renvoyé au 8 janvier 2021 suite à un courriel de l’IGPN le disculpant

Mardi 25 février 2020 avait lieu devant le TGI de Créteil le procès de Taha Bouhafs, jugé pour outrage et rébellion, après avoir été violemment interpellé lors d’un rassemblement de soutien à des travailleurs sans-papiers de Chronopost à Alfortville (Val-de-Marne)* le 11 juin 2019, au cours duquel son téléphone avait été confisqué. Cette interpellation lui avait valu 10 jours d’ITT.


* À noter que ces travailleurs sans-papiers ont obtenu gain de cause et leur régularisation.

vendredi 31 juillet 2020

23 novembre, Rouen. Procès pour outrage d’un opposant à Darmanin interpellé lors de l‘hommage au père Hamel

Le 26 juillet, à l’occasion de l’hommage rendu au père Hamel à 
Saint-Etienne-du-Rouvray, un important dispositif de sécurité était mis en place. Onze personnes furent interpellées. La police leur reprochait d’avoir perturbé l’allocution du ministre et d’avoir participé à une manifestation interdite. Quatre étaient placées en garde-à-vue, les sept autres étant maintenues dans les locaux du commissariat, sous un régime relevant d’un flou juridique total. Selon leur avocate Chloé Chalot, une telle rétention s’avère « parfaitement abusive ». Tous ont porté plainte pour « atteinte à la liberté individuelle commise par une personne dépositaire de l’autorité publique ».
L’une de ces personnes, dont l'identité n'a pas été révélée, est convoquée devant le juge le 23 novembre pour outrage, après avoir refusé une reconnaissance préalable de culpabilité et une comparution immédiate.

samedi 25 juillet 2020

“Salissures”, une tribune de Philippe Rajsfus

Maurice Rajsfus nous a quittés, mais son combat continue, plus que jamais ! Philippe Rajsfus (l’un de ses deux enfants) publie une Chronique irrégulière des jours de macronavirus, dans lequel il porte haut la mémoire et les combats de son père.

Voici la chronique n°3.
Maurice Rajsfus avait le sens de la synthèse et de la formule. Il a écrit ces trois phrases concernant la possibilité pour nimporte quel citoyen de ce pays, de croiser le chemin de policiers peu enclins à engager le dialogue. Je le cite :
« Si tu leur réponds, il y a outrage. Si tu résistes, il y a rébellion. Si tu prends la foule à témoin, il y a incitation à lémeute. »

Maurice a bénéficié, très tôt, à lâge de 14 ans, des bons soins de la police française venu larrêter, ainsi que toute sa famille, lors de la rafle du 16 juillet 1942 au nom de lois raciales édictées par loccupant nazi.
Lun des deux policiers ayant participé à cette saloperie était un voisin de palier de la famille. Maurice et sa sœur ont été libérés le soir même, mais ses parents ont été déportés à Auschwitz et y ont été assassinés, après être passés par Drancy, camp alors contrôlé et surveillé par la gendarmerie française. Voilà un démarrage dans lexistence qui ne porte pas à considérer la police comme une institution garante des libertés individuelles et de la démocratie.
Du coup, quand nous apprenons par la presse, il y a quelques semaines, que le préfet de police de Paris, Didier Lallement, a écrit, dans une adresse à ses troupes, quil ne laissera pas «salir la police», nous étions tous scandalisés par cette affirmation martiale. Comme si la police était faite dune sorte de tissu anti tâche quil suffirait de laver à grande eau pour y faire disparaître tous ses méfaits.
Dans la réalité, les différents corps de police et de répression sont faits dune étoffe auto-salissante. Et le préfet Lallement est bien placé pour le savoir lui qui a été placé à son poste par un gouvernement aux abois en raison de la mobilisation des Gilets Jaunes. Ce monsieur sest même permis de convoquer la mémoire du général Galliffet, grand massacreur de centaines et centaines de Parisiens lors de la Semaine sanglante qui mit fin à la belle expérience démocratique et sociale de la Commune de Paris au printemps 1871.
Revenons à cette étoffe auto-salissante qui na cessé de se charger depuis plus de 80 ans. Faut-il rappeler au préfet Lallement lattitude de la police française qui se met immédiatement au service au service des nazis, dès lentrée des troupes dans Paris ? Les défections vont se compter sur les doigts dune seule main...
Est-il nécessaire de rappeler le rôle central et décisif de cette police parisienne dans la traque et larrestation des Juifs et en particulier les 16 et 17 juillet 1942, avec la rafle au petit matin dans Paris et toute la région parisienne de plus de 13.000 Juifs, hommes, femmes, enfants et vieillards, y compris les grabataires ?
Faut-il rappeler les ratonnades durant la guerre dAlgérie ? Les dizaines dAlgériens assassinés à Paris et des centaines dautres, jetés à la Seine, par les flics parisiens, alors quils manifestaient pacifiquement dans Paris, pour protester contre un couvre-feu discriminatoire, le 17 octobre 1961 ?Faut-il également lui rafraîchir la mémoire sur les 9 morts de Charonne, le 8 février 1962, étouffés et massacrés par la police à coup de grilles darbres, alors quils étaient coincés dans lescalier de la station de métro dont lissue était fermée ?
Faut-il rappeler le déchainement gratuit des CRS en mai-juin 1968 ? Faut-il encore rappeler les tirs tendus de gaz lacrymogènes et lœil perdu par Richard Deshayes en 1971 ?
Faut-il rappeler les charges et les violences gratuites contre les cortèges lycéens des années soixante-dix ? Et les contrôles au faciès ? Et le harcèlement permanent des jeunes dans les cités ?


Faut-il évoquer lassassinat de Makomé MBowolé au commissariat des Grandes Carrières, le 6 avril 1993, tué dune balle à bout portant alors quil était menotté sur une chaise ? Et le plaquage ventral de Lamine Dieng, le 17 juin 2007 et, plus récemment, la mort de Adama Traoré, dans des circonstances analogues ? La mort par étouffement du coursier Cédric Chouviat, le 3 janvier dernier, à Paris ? Et Gabriel D. adolescent de 14 ans, salement amoché à coups de pieds dans le visage à Bondy dans la nuit du 25 au 26 mai, après son interpellation ?
Et, hélas, pour ne pas finir, les nombreuses affaires qui se sont déroulées durant la mobilisation des Gilets jaunes et ses innombrables mutilés à vie ?
Et durant le confinement, comme à lIle-Saint-Denis, où le racisme a été à son comble ? Où, comme à Béziers, où la milice néo-fasciste qui sert de police municipale a tué, par plaquage ventral, un SDF qui ne lui revenait pas ? Et puis toutes les informations qui nous sont parvenues sur ces réseaux « sociaux » accessibles uniquement aux membres des forces de lordre où se déchaînent le racisme et la testostérone. Quand il y a près de 8.000 abonnés à un seul de ces réseaux, on ne peut plus parler de cas isolés ou de brebis galeuse. Cest tout le système qui est en gangréné.
Alors, oui, tout cela doit changer. Assez de salissures dont les forces de police sont seules responsables. Le préfet Lallement est, à nen pas douter, un digne successeur du préfet Papon.
Les policiers et les gendarmes ne sont pas des justiciers.
Les sévices corporels ont été supprimés lors de la révolution française de 1789. La peine de mort a été abolie en 1981.
Pas de vérité, pas de paix ! Pas de justice, pas de paix ! Laissez-nous respirer !
Le combat de Maurice continue.

LIRE : “Les 7 piliers de la bassesse”, une tribune de Philippe Rajsfus

LIRE : Maurice Rasjfus (1928-2020), la mémoire en tête

“Les 7 piliers de la bassesse”, une tribune de Philippe Rajsfus

Maurice Rajsfus nous a quittés, mais son combat continue, plus que jamais !
Faisant suite à un journal quotidien publié pendant le confinement, Philippe Rajsfus (l’un des deux enfants de Maurice) publie une Chronique irrégulière des jours de macronavirus, dans lequel il porte haut la mémoire et les combats de son père.
Voici la chronique n°7.

Comme une sorte de rengaine en forme de « Circulez ! Il n’y a rien à voir ! » Et des dizaines dannées quon nous la ressort à toutes les sauces. Les violences policières et ce que lon a pendant très longtemps appelé les « bavures » policières ne seraient le fait quune dune poignée de brebis galeuses. Cependant, ces exceptions regrettables ne gâteraient en rien limmense troupeau bleu qui se comporterait, lui, avec tous les égards quune police républicaine doit à la population quelle est censée protéger. 
Autre porte ouverte enfoncée avec constance par les hauts dirigeants policiers, face à lévidence de comportements déviants systémiques : la police nest que le reflet de la population dont elle est issue. Avec le sophisme inquiétant qui pourrait en découler : on trouverait donc dans les forces de police et de gendarmerie les mêmes proportions de salauds, de violents, de dissimulateurs, de menteurs, de voleurs, de pervers, de violeurs et de racistes que parmi les citoyens et les citoyennes de ce pays ? Et tout cela serait normal, parce que copie conforme de notre belle société ? Bigre !
Hormis le fait que les policiers de base sont recrutés, sur concours, après le Bac, la formation d
une année qui leur est ensuite prodiguée nen ferait pas à 100 % des éléments républicains, tous et toutes soucieux et soucieuses de respecter, quoiquil arrive, dans leurs missions quotidiennes, le Code de déontologie de la police nationale ? Cette formation dune année ne permettrait donc pas de repérer les éléments les plus douteux et/ou les plus violents et de les écarter de cette fonction qui ne devrait être exercée que de façon exemplaire ?
Posons la question différemment, en gardant en tête cette affirmation tellement « évidente » d
une similitude parfaite avec la population. Comment se fait-il alors que le vote pour lextrême-droite soit nettement plus élevé parmi les policiers, selon différentes études, que le vote global des électeurs et électrices de ce pays ? Sans parler des compagnies de CRS où les bureaux de vote des villes dans lesquelles elles sont basées enregistrent dexcellents résultats électoraux pour le F -Haine, naguère, et le R- Haine aujourdhui ?
   Continuons d
inverser cette affirmation : 
• Une majorité de citoyennes et de citoyens de ce pays développent-elles/ils ce sentiment
d
impunité très largement répandu parmi les représentants de l’ordre ? Il est vrai que le citoyen lambda nest pas assermenté... 
• Une part prépondérante des membres de notre société manifeste-t-elle une prévention particulière vis-à-vis de celles et ceux qui ne leur ressemblent pas, que ce soit en raison de leur couleur de peau, de leur statut social, de leur origine, de leur appartenance à une communauté, de leur âge ou encore du quartier ou de la ville où ils vivent ? 
• Madame et Monsieur Tout-le-monde ressentent-ils ce besoin pressant de rendre la justice, par des actes de violence illégitimes, en lieu et place de la justice elle-même ? 
• La peine de mort, abolie en 1981, rôde-t-elle de façon obsessionnelle dans la plupart des têtes
de tout un chacun ? 
• Le dialogue est-il à ce point bloqué dans la société pour que des avis contraires ou des noms doiseaux finissent systématiquement en procédures pour outrage public qui encombreraient les tribunaux ? 
• Omerta, mensonge et dissimulation sont-ils des pratiques généralisées dans notre vie quotidienne ? 
• Le besoin de surveiller et punir taraude-t-il la majorité de nos contemporains ? On voit bien par-là que certaines comparaisons, frappées au coin de lévidence policière, ne tiennent pas la route très longtemps. Et que la police quon nous annonce républicaine est globalement à limage des régimes et des gouvernements qui lont façonnée, depuis des dizaines dannées, comme un instrument sans beaucoup de principe, au service de leur pouvoir et du maintien de la domination sociale, politique et économique.

Hommage à Maurice Rajsfus, 4 juillet 2020, La Parole errante, Montreuil : le podcast

Samedi 4 juillet 2020, à la Parole errante, à Montreuil, un hommage était rendu à Maurice Rajsfus. Voici les podcasts des enregistrements, disponibles sur Fréquence Paris Plurielle (106.3).

Partie 1 : émission avec divers témoignages autour de Maurice Rajsfus.
Partie 2 : Table ronde « Maurice Rajsfus, témoin et historien de la répression, du Vel d’Hiv’ à nos jours. Regards croisés sur ses livres. » Avec Nicole Abravanel, Ludivine Bantigny et Daniel Kupferstein.
Partie 3 : Table ronde « Dénoncer les violences policières, transmettre le flambeau, le combat dune vie ». Avec Youcef Brakni, Vanessa Codaccioni, David Dufresne, Ramata Dieng, Raphaël Kempf.



LIRE : Maurice Rajsfus (1928-2020), la mémoire en tête

Maurice Rajsfus nous a quittés, mais son combat continue, plus que jamais !
Faisant suite à un journal quotidien publié pendant le confinement, Philippe Rajsfus (l’un des deux enfants de Maurice) publie une Chronique irrégulière des jours de macronavirus, dans lequel il porte haut la mémoire et les combats de son père. Retrouvez ces tribunes sur le site du CODEDO.


LIRE : “Les 7 piliers de la bassesse”, une tribune de Philippe Rajsfus

LIRE : “Salissures” par Philippe Rajsfus 

vendredi 24 juillet 2020

Police-justice : la fusion. Véronique Malbec, directrice de cabinet du Garde des Sceaux et épouse de Frédéric Veaux, chef de la police

🔴 Info NANTES RÉVOLTÉE. La n°2 du ministère de la justice est mariée avec le chef de la police
Le 9 juillet 2020, le garde des Sceaux Éric Dupond-Moretti a nommé comme directrice de cabinet la magistrate Véronique Malbec. Cette juriste a connu une ascension fulgurante durant les années Sarkozy, puisqu'elle a été nommée « directrice des services judiciaires » par Michèle Alliot-Marie.
Alors que Michel Mercier était Garde des Sceaux, elle sanctionnera le vice-procureur de Bobigny, Jean-Dominique Le Milon, qui avait osé, chose rarissime, critiquer la police dans une affaire. [Le magistrat avait assimilé, lors d'un procès, les méthodes de policiers prévenus – qui avaient accusé à tort un automobiliste d'avoir renversé l'un d'eux – à celles de la Gestapo. LConseil supérieur de la magistrature avait à deux reprises refusé de  sanctionner le magistrat.]
De 2013 à 2017, Véronique Malbec est procureure à Rennes, puis à Versailles.
Mais le plus troublant est que Véronique Malbec est mariée à Frédéric Veaux, directeur général de la police nationale (DGPN). Autrement dit, la n°2 à la justice est la femme du n°1 de la police ! Il ne s'agit pas de dénoncer une union, mais de constater que la séparation des pouvoirs, déjà très superficielle, est pulvérisée par cette nomination. Les enquêtes sur les violences policières ou l'affaire Darmanin risquent de rester dans les tiroirs.

Derrière la figure médiatique de Dupond-Morretti, police et justice fusionnent de façon ostentatoire et délibérée.

🔴 Dans ce même article, Nantes Révoltée nous apprend également que le n°2 du ministère de l'éducation, Christophe Kerrero, est un ultra-libéral lié à l'extrême droite.

jeudi 16 juillet 2020

Trois policiers responsables de la mort de Cédric Chouviat mis en examen pour ”homicide involontaire”

Après la mise en examen, les 7 et 8 juillet, de deux policiers responsables de la mort de Cédric Chouviat, un 3e membre de « l’équipage » meurtrier vient d’être mis en examen pour le même motif. La 4e fonctionnaire ayant été placé sous le statut intermédiaire de témoin assisté.
La famille de Cédric Chouviat s’est dite « soulagée », mais considère que « la qualification d’homicide involontaire n’est pas adaptée à la violence et à l’agressivité des fonctionnaires de police telle qu’elle ressort des vidéos de témoins et passants. Ce sont des coups volontaires qui ont entraîné la mort de Cédric Chouviat », insiste la famille, qui « demeure néanmoins confiante s’agissant d’une évolution de la qualification en fonction des investigations et expertise à venir ».

vendredi 10 juillet 2020

18 juillet, Beaumont-sur-Oise. Marche pour Adama Traoré

Communiqué du Comité La vérité pour Adama.
Quatre ans de combat, quatre ans de rencontres avec chacun d’entre vous, qui avez su nous donner les forces et l’énergie pour croire qu’ensemble nous aurons ce qui nous est dû: la Vérité et la Justice. 
Mon frère Adama est mort entre les mains des gendarmes le 19 juillet 2016. Grâce à vous tous, son nom vit depuis au-delà des frontières, au-delà des différences. Mon petit frère est devenu le vôtre aujourd’hui.
Retrouvons-nous, unissons-nous, à Beaumont-sur-Oise, tous ensemble pour nos droits, pour que la justice l’emporte sur l’impunité policière. Nos vies sont précieuses, défendons-les, construisons un avenir digne et fier pour nos enfants. Écrivons-notre histoire ensemble. Retrouvez-nous nombreux le samedi 18 juillet à Beaumont-sur-Oise !

mardi 7 juillet 2020

Les trois gendarmes responsables de la mort d’Adama Traoré condamnés à payer 2.000 € pour procédure abusive contre Assa Traoré

Communiqué du comité LA VÉRITÉ POUR ADAMA
Les trois gendarmes Romain FONTAINE, Matthias UHRIN et Arnaud GONZALES, qui ont tué Adama TRAORÉ, ont été condamnés à payer 2.000 € pour procédure abusive suite à leur action judiciaire contre Assa TRAORÉ pour « atteinte à la présomption d’innocence » des gendarmes. 
Notre avocat, Me. Yassine Bouzrou avait indiqué que l’action des gendarmes n’avait aucune chance d’aboutir et que l’accusation était ridicule, rappelant à la justice qu’au nom de la liberté d’expression il n’était pas possible de condamner Assa Traoré pour ses différentes publications sur les réseaux sociaux.  N’ayant pas peur du ridicule, les trois gendarmes avaient osé réclamer à la justice la somme de 30.000 €. 
Il s’agit d’un camouflet et d’une humiliation judiciaire pour ces gendarmes qui semblent ne pas comprendre ce que sont l’état de droit et la liberté d’expression, ce qui est particulièrement étonnant et inquiétant de la part de gendarmes. En effet, non seulement leur action a été rejetée par les juges, mais ils ont, en plus, été condamnés à payer 2.000 € à Assa TRAORÉ. 
C’est une victoire pour nous et nous continuerons à dénoncer ces trois gendarmes, Romain FONTAINE, Matthias UHRIN et Arnaud GONZALES, qui ont écrasé Adama TRAORÉ avec le poids de leur trois corps.

lundi 6 juillet 2020

4 septembre. Procès pour outrage de Stéphane Espic, le Gilet jaune qui murmure à l’oreille des flics du préfet Lallement

Stéphane Espic fait partie des Gilets jaunes que l’hebdo officiel de la macronie Le Point invoque dans ses papiers délirants sur la dangerosité des mouvements d’ultra gaucheMis en cause dans de nombreuses affaires, cet homme de 48 ans originaire d’Annecy revendique une bonne douzaine de gardes à vue, pour des faits hauts en couleurs,  réalisés au nez et à la barbe des forces de l’ordre, pratiquant, lors de ses dernières opérations, une technique qui éprouve les nerfs des policiers. Roulant en Vélib’, masqué, ganté, lesté d’une i.phone et d’un langage aussi fleuri que sa barbe, Stéphane Espic allie l’humour et la provocation, ce qui lui permet de démonter la Trinité absurdité-bêtise-violence des flics au service d’un régime politique qui a basculé dans le régime policier, sous l’impulsion de Castaner et du préfet Lallement.

Mai 2019. Il est mis en garde à vue pour outrage au chef de l’État, pour avoir adressé un doigt d’honneur à Macron lors d’un hommage aux soldats français tombés au Burkina Faso (affaire classée sans suites).
Le 4 août 2019, anniversaire de l’abolition des privilèges, il est arrêté pour avoir tagué une palissade de l’Assemblée nationale. Convoqué au commissariat de Versailles pour avoir tagué la permanence d’un député LREM des Yvelines, il se présente avec un homard géant, en hommage à François de Rugy. Ce qui lui vaudra d’être interdit de séjour à Versailles, une ordonnance d’expertise psychiatrique et  un contrôle judiciaire interdit de « participer à une manifestation qui s’approcherait d’un ministère, du parlement ou d'une permanence parlementaire ».
Le 21 mai 2020 dans la matinée, Espic est devant l'Elysée, dans le but de remettre au président de la République un message d’un groupe d’entrepreneurs et de salariés en difficulté de Belfort. Circulant en Vélib’, reconnaissable à son béret noir et à sa faconde, il se fait interpeller par des policiers. La scène, filmée par Philippe Bouriachi, pour le Grand forum, est visible ci-dessous. À 6’40”, Espic sort un gant retourné de sa poche, ce qui lui vaudra d’être poursuivi pour outrage, les policiers l’accusant d’avoir volontairement positionné les doigts du gant dans le but de leur adresser un doigt d’honneur !
Arrêté pour délit d’outrage, Stéphane Espic comparaîtra le 4 septembre 2020 à 9 h, devant la 29e chambre du TGI de Paris. Il est poursuivi pour trois outrages et pour avoir effectué à treize reprises des dégradations de biens, dont on trouvera la liste dans l’ordonnance de placement sous contrôle judiciaire du juge des libertés et de la détention, le très “droitier” Charles Prats, dont il était fait état ici, à l'époque où il s’acharnait sur le militant Antonin Bernanos.


Dans l’un de ses derniers et nombreux “live”, Stéphane Espic présente la manifestation nocturne du 24 juin devant la Maison de la Radio, où des flics jettent leurs menottes par terre et s’auto-applaudissent en chantant La Marseillaise, en soutien à leur confrère de Strasbourg condamné à 18 mois de prison avec sursis pour avoir sauvagement matraqué une dame Gilet jaune de 62 ans.

lundi 29 juin 2020

Maurice Rajsfus (1928-2020), la mémoire en tête

Maurice Rajsfus vient de nous quitter à l’âge de 92 ans. Il fut, dès le départ, l’un des plus ardents militants de la dépénalisation du délit d’outrage et de la création du CODEDO, en 2008. En préambule à cet hommage, voici le texte que Michelle et Marc, ses enfants, envoyèrent à ses amis, en guise de faire-part.
Jean-Jacques Reboux


Je suis bien incapable de me souvenir de ma première rencontre avec Maurice Rajsfus, si souvent croisé dans les salons du livre et ailleurs. Ce dont je me souviens, c’est que notre amitié prit corps autour de trois objets : un livre, un coup de matraque, un procès pour outrage.
Fin 2005, Maurice me parle d’un sien manuscrit, que son éditeur Pierre Drachline n’a pas souhaité publier. Portrait physique et mental du policier ordinaire, dédicacé à l’Homme de Néanderthal, est précédé d’un exergue plus récente : « Les hommes sont naturellement mauvais. Il en est qui font le mal parce qu’on les a payés pour le faire : on les flétrit justement. Mais un plus grand salaire reçu, pour un plus grand méfait, les dispose à mieux s’accommoder de ce mépris. » Ainsi parlait Euripide, vingt-cinq siècles avant Philippe Pétain, Pierre Pucheu, René Bousquet, Sarkozy, Castaner, Claude d’Harcourt et Didier Lallement.
Ma première réaction fut de savourer l’indispensable mauvais esprit de ce saisissant « portrait de groupe en uniforme », qui complétait la somme d’ouvrages déjà écrits par l’auteur sur le sujet épineux et obsédant de la flicaille. Le fait de considérer le policier comme une entité aussi monolithique sur le plan physique n’était pas l’argument le plus décisif, d’un point de vue moral, la chose était entendue, la fonction créant l’organe et le port de l’uniforme induisant quasi « mécaniquement » un comportement caricatural, fait d’arrogance, de sexisme, de domination des citoyens, et de brutalité. Une brutalité de plus en plus décomplexée, à mesure que les syndicats d’extrême droite imposent leur loi au pouvoir dont ils sont le dernier rempart, comme le démontrent les dernières manifestations nocturnes des flics qui s’applaudissent en jetant leurs menottes et en chantant La Marseillaise, que Maurice n’aura pas vues, quand ils ne jettent pas leur matraque pour protester contre la condamnation (avec sursis) d’un des leurs, accusé d’avoir massacré une dame Gilet jaune.
Ma maison d’édition (Après la Lune) venant tout juste de démarrer, et ne publiant que des fictions, je gardai ce livre sous le coude, en attendant… des jours meilleurs. Lesquels se manifestèrent une après-midi de juillet 2006, sous la forme d’une collision frontale avec un quarteron de fonctionnaires de police, me décidant à faire faux bond à la fiction et à publier ce livre. Et prendre mon téléphone pour prévenir Maurice de mes déboires : premier outrage, première garde à vue. Et la rage de ne pas se laisser marcher sur les pieds par un petit merdeux de flic et un grand sec, beaucoup plus inquiétant.
   « Que s’est-il passé ? » me demanda-t-il.
   « J’ai traité un flic de canard. Il a compris “connard”. »
Maurice, qui savait mieux que quiconque que la maréchaussée, tout comme elle est souvent mal embouchée et peu à cheval sur les civilités, n’a pas toujours les oreilles bien nettoyées, et pas forcément à cause du képi, éclata de rire et me crut sur parole – ce qui ne fut pas le cas du procureur le jour de mon procès.
  « Tu as échappé à la rébellion, ajouta-t-il. Et vu comment tu t’es débattu en interpellant les foules, le délit d’incitation à l’émeute n’était pas loin… »


Contrôle routier banal, contestation d’un délit bidon, tentative de  raisonner un agent, dérapage sémantique, menottes aux poignets, interpellation, cerflex aux chevilles, coup de matraque dispensé par un flic en moto arrivé en renfort, une brute au nom prédestiné de Segrétinat [rire de Maurice], accompagné d’un « T’as de la chance qu’il [Sarkozy] soit pas président ! », embarquement par une dizaine de flics, garde à vue, procès pour outrage, plainte contre deux flics, confrontation à l’IGS avec l’affreux Segrétinat, etc. Tout cela sous l’œil malicieux de Maurice, dont cette histoire scella en quelque sorte une amitié indéfectible.
C’était l’époque où Sarkozy, ministre de l’Intérieur pratiquant le coup de menton dans l’espoir de se grandir (le tropisme fondateur de cet individu), morigénait commissaires et préfets, alternant carotte et bâton, sa Bulle de Beauvau (De la politique du chiffre) à la main. La suite a été racontée dans un pamphlet, Lettre ouverte à Nicolas Sarkozy, ministre des Libertés policières, dont Maurice fut l’un des tout premiers lecteurs et le conseiller éditorial. Ainsi lorsque je me demandais si je pouvais décemment écrire que ledit Segrétinat me faisait penser à ces policiers criant en 1984 « Mort au Juif ! » sous les fenêtres de Badiner, sa réponse tomba : « Tu peux. » Si Maurice était toujours parmi nous, et si nous avions pu casser la croûte après le confinement, comme nous nous l’étions promis, le jour de ses 92 ans, je l’imagine assez me dire : « Ton Segrétinat, il doit manifester devant la Maison de la Radio ou le Bataclan, en applaudissant ses congénères furieux de ne plus pouvoir enchaîner les clefs d’étranglement comme on leur a appris à l’école de police. »
  L’élection de Sarkozy à l’Élysée n’arrangea pas la névralgie flicophobe de Maurice. Sitôt élu, le petit homme inculte s’enferra dans une vision obsessionnelle, simpliste, néo-colonialiste de l’Histoire, qui le conduisit à créer un ministère de l’Identité nationale, s’arc-boutant sur les envolées de sa (très bavarde) plume Henri Guaino (le fameux discours de Dakar sur « l’homme africain qui n’est pas entré dans l’Histoire »), du raciste Hortefeux, de l’inquiétant Guéant, du putride Besson et de tous les autres, que les années Hollande-Macron et leur cortège de violences policières érigées en système ne sauraient faire oublier. Toutes choses qui ne pouvaient qu’ulcérer Maurice. À commencer par la récupération de la lettre de Guy Môquet, dont la lecture imposée aux professeurs avorta, suite à des manifestations qui conduisirent au procès de Maria Vuillet (comme on le verra plus loin), procès que l’on peut considérer comme le première utilisation du délit d’outrage du quinquennat Sarkozy dans un procès politique, annonciateur de nombreux autres, à l'instigation de préfets ne supportant pas que l’on comparât la répression des sans-papiers  aux pratiques de leurs ancêtres pétainistes. La palme, en la matière, revenant à Philippe Rey, préfet des Pyrénées-Atlantiques, dont on trouvera ici la liste des mots qu’il ne fallait pas lui dire, sous peine de poursuites.

Maurice, qui avait mis un terme (avril 2014) à l’aventure de Que fait la police ? (démarrée le 6 avril 1994, un an jour pour jour après l’assassinat de Makomé M’Bowolé (17 ans), tué d’une balle à bout touchant au commissariat des Grandes Carrières, Paris 18e),  épanchait sa colère sur Rue 89 (où Chloé Leprince fit beaucoup pour la connaissance du délit d’outrage), telle cette tribune de mai 2008 intitulée Shoah : pour la police aussi, il faut un devoir de mémoire, publiée en réaction à l’une des décisions les plus indignes, sottes et monstrueuses de Sarkozy : confier à chaque élève de CM2 la mémoire d'un enfant français victime de la Shoah. Et voilà comment j’eus le plaisir d’initier un Maurice totalement imperméable à l’informatique, sinon aux voies impénétrables du Web, du moins à la toute puissante célérité d’Internet, lorsqu’il venait chez moi, d’un saut de RER, me dicter ses tribunes, autour d’un verre de thé. Sitôt appuyé sur la touche envoi : « À peine envoyé, c’est déjà arrivé ! C’est formidable, quand même ! » s’exclamait-il, en retournant à ses coupures de journaux.
À l’époque, à part un papier paru dans Libération en 2003, l’outrage n’était guère médiatisé (la chose tenant, sans doute, au fait que chaque poursuite pour outrage tombe sur la tête d’un individu isolé, ignorant jusqu’à l’existence de ce délit inique, où la victime est sanctionnée deux fois : par les flics, puis par la justice). C’est donc le procès de Maria Vuillet qui mit le feu aux poudres. Poursuivie par un sous-préfet de bas étage, le bien nommé Frédéric Lacaverelaxée et jugée deux fois en appel (fait rarissime), brillamment défendue par Thierry Levy, c'est avec elle et quelques « outrageurs » (Romain Dunand, Hervé Eon, poursuivi pour offense au chef de l’État – délit chassé du code pénal en juillet 2013 grâce à son combat acharné et sur injonction de la CEDH) que nous créâmes le CODEDO (Collectif pour une dépénalisation du délit d’outrage).
Lorsque nous publiâmes (Libération, 30 décembre 2008) l’appel Pour la fin du délit d’outrage, Maurice fut, en quelque sorte, notre caution moraleIdem lorsque nous entreprîmes, Romain Dunand (outrageur poursuivi par Sarkozy époque Beauvau) et moi, de rédiger une Lettre au Garde des Sceaux pour une dépénalisation du délit d’outrage, ouvrage qui sera expédié à sept Gardes des Sceaux consécutifs, sans qu’aucun/e ne prît la peine de nous en accuser réception. Maurice était toujours là : conscience, oreille et œil bienveillants.
Puis parut Portrait physique et mental du policier ordinaire, articulé en cinq chapitres : la morphologie du policier ; la brutalité ordinaire ; la personnalité du policier ; la représentation du policier ; un avenir bleu marine, avec une incise sur le gardien de la paix Mulot, voisin de palier venu arrêter la famille de Maurice en ce sinistre 17 juillet 1942. Ce livre, qui fait œuvre d’anthropologie, Maurice y tenait beaucoup, tout comme L’Intelligence du barbare, publié aux éditions du Monde libertaire. Il en sera encore plus fier, avec cette somptueuse couverture de Tignous. Maurice avait pensé à Faujour et à Siné. Ce fut finalement Tignous qui s’y colla. « Je lui ai donné ma collection complète de Charlie Hebdo, il nous fera un dessin aux petits oignons, et ça ne te coûtera pas un rond ! » Sur la lancée, Tignous fit un peu de rabiot, en suivant un autre procès que j’eus, cette fois contre l’Opus Dei, ce qui me valut les félicitations du camarade Rajsfus, mais c’est une autre histoire…

Saluer la mémoire de Maurice Rajsfus, c’est aussi saluer l’incroyable mémoire dont il bénéficiait. Une mémoire infaillible, à la limite de l’hypermnésie, qui donnait force et précision à son argumentation. Mémoire des dates, des mots, des petites phrases, des détails qui n’en sont pas vraiment (ainsi relevait-il dans le film La rafle, de Rose Bosch, au-delà des dissonances soulignées par le critique du Monde, quelques erreurs notables, concernant, par exemple, le camp de Beaune-la-Rolande). Sans doute parce qu’entretenir sa mémoire était aussi, et avant tout, pour lui, entretenir la braise destinée à empêcher que s’éteigne le feu maintenant la mémoire de ses parents assassinés, et celle de toutes les victimes. Victimes de la police, hier et aujourd’hui, victimes de la Shoah, telle l’amie Liliane Lelaidier-Marton, dont les parents, juifs d’origine hongroise, furent assassinés à Auschwtiz, et que je lui présentai un beau dimanche de 2009 (si ma mémoire est bonne), en compagnie de sa femme Marie-Jeanne, disparue en 2018, et qui l’accompagnait toujours dans les salons du livre. Liliane dont Maurice me demandait, quand je l’avais au téléphone : « Et comment va notre amie de la tribu ? »
En parlant de « tribu », une anecdote. Alors que nous arpentions les allées du salon du livre (en 2004, je crois) et approchions de je-ne-sais-plus quel stand, Maurice se tourna vers moi, l’air enjoué : « Viens, je vais te présenter mon fils ! » Stupeur de Maurice lorsque je lui avouai que je connaissais bien son fils Marc, avec qui je travaillais, à l’époque, sur un projet de collection de polar qui ne vit jamais le jour, chez un éditeur qui mit la clef sous la porte. Marc dont j’ignorais, bien évidemment, qu’il était le fils de son père… « Ah ben, merde, alors ! Vous vous connaissez ! »


Ses enfants nous l’ont dit, Maurice a quitté cette monde en étant informé des bouleversements majeurs qu’ont été les manifestations organisées par le Comité Justice pour Adama, dans le sillage des protestations mondiales contre le meurtre de George Floyd aux États-Unis. Celle du 2 juin devant le palais de justice de Paris, réunissant plus de 80.000 personnes, véritable camouflet pour le pouvoir et l’infâme préfet Lallement. Celle du 13 juin place de la République, pendant laquelle, ironie du sort, Maurice nous a quittés.
Ce « rapport de force inversé », pour reprendre l’expression d’Assa Traoré, qui se bat depuis quatre ans pour que la vérité soit faite sur le meurtre de son frère, et sur les violences subies par les personnes « colorées », pour reprendre une expression délicieusement désuète dont Maurice avait le secret. Mais aussi toutes les autres victimes d’une police en roue libre, gangrénée par des éléments d'extrême droite : Gilets jaunes, manifestants, simples passants, dans un pays où les flics tapent sur à peu près tout ce qui bouge, en toute impunité… Tel Cédric Chouviat, ce livreur en scooter massacré le 3 janvier 2020 par quatre policiers, et dont la famille se bat pour qu’éclate la vérité sur ce qu’il convient d’appeler un homicide volontaire.
Maurice Rasjfus l’éclaireur nous a quittés à ce moment charnière, alors que d’autres ont repris le flambeau, tel David Dufresne, qui signale les violences policières sur le fil Allô Place Beauvau et travaille à la réalisation d’un documentaire sur l’un des sujets qui occupa toute la vie de Maurice, dont la sortie est prévue pour octobre 2020 : Un pays qui se tient sage.
Samedi 4 juillet (16h-22h), un hommage sera rendu à Maurice à la Parole errante, à Montreuil.
ECOUTER : Maurice Rajsfus, la rafle du Vél’ d’hiv’ (22 avril 1997, archive INA)
La vie de Maurice est résumée dans le Maitron, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier.