jeudi 18 septembre 2008

Petit historique du CODEDO (par J-J. Reboux)

Le CODEDO, c’est une suite de rencontres et de hasards…
1) La première rencontre a lieu le 24 juillet 2006 : un banal contrôle routier à Paris (17e). 
Dépité que mes papiers soient en règle alors que ma vieille AX laissait présager de juteuses infractions, le policier me dresse un PV (135 €) pour "obstruction à la circulation". Infraction bidon, que je conteste. Très calmement, dans un premier temps. Puis, face à l'impossibilité du dialogue, en utilisant un "gros mot". Arrestation musclée, menottage (poignets, puis chevilles). Lors de mon interpellation, l'un des (13) policiers présents, manifestement fasciné par les coups de menton de Nicolas Sarkozy (à l'époque ministre de l'Intérieur), en réponse à la remarque "C'est Sarko qui les met dans cet état?", me glissera à l'oreille, coup de matraque dans les côtes pour appuyer le message: T’AS DE LA CHANCE QU’IL SOIT PAS PRÉSIDENT! Fourgon, commissariat, dépôt de plainte du policier pour outrage…
Pour exorciser le traumatisme des violences policières, j'écris un pamphlet, "Lettre ouverte à Nicolas Sarkozy, ministre des Libertés policières" (restée sans réponse). Je porte également plainte contre deux policiers (pour violences et abus de pouvoir). Plainte évidemment classée sans suite par le Parquet, après enquête de l'IGS et confrontation ubuesque avec "T’as de la chance qu’il soit pas président" (nettement moins fier sans sa matraque et son uniforme!). En attendant mon procès, fixé au 27 juin 2008… (J'ai été condamné à une amende de 150 € avec sursis, ce qui prouve que certains juges, conscients de l'aberration constituée par ce délit, peuvent se montrer bienveillants…) (récit sur Rue89)

2) Février 2008, grâce à Rue89, qui s'intéresse à mon histoire en publiant l'amusant @ que m'envoya l'impayable député UMP Thierry Mariani,  a lieu la 2e rencontre, avec Romain DUNAND, militant RESF condamné à 800 € d'amende pour outrage à Nicolas Sarkozy. (Il avait en décembre 2006 envoyé un courriel à Claude Guéant, dans lequel il comparait la politique d'expulsion des sans-papiers de Sarkozy à celle du régime de Vichy. [Tous les détails ici.] Son procès en appel a lieu le 22 octobre 2008.)
PEUT-ON COMPARER SARKOZY A PÉTAIN? PEUT-ON ENCORE PARLER AUX POLICIERS? SANS RISQUER L'OUTRAGE… C’est à partir de ce constat que nous décidons, Romain Dunand et moi, de confronter nos deux expériences (outrage à simple flic, outrage au président de la République).
Nous nous lançons dans la rédaction de la "LETTRE AU GARDE DES SCEAUX POUR UNE DÉPÉNALISATION DU DÉLIT D'OUTRAGE", parue en juin 2008, et dont nombre de médias feront état. (A ce jour, la destinataire, Rachida Dati, ne nous a pas répondu.)
Mais si ce livre – que nous avons voulu "mesuré" pour ne pas prêter le flanc aux critiques qui n'allaient pas manquer de nous tomber dessus – jetait les bases d'une action future, plus concrète, plus militante , il n'était pas encore question d'un quelconque collectif…

3) Ce collectif est né d’une rencontre avec une 3e "outrageuse" : Maria VUILLET.
Maria a été jugée le 24 juillet 2008 pour outrage au sous-préfet d'Ile-de-France, qui l'accusait d'avoir proféré "Sarko facho!" lors d'une manif contre la venue dans un lycée de Sarkozy à l'occasion de la lecture de la "lettre de Guy Môquet", alors qu'elle venait de lui dire "La République que vous représentez n’est pas celle qu’aurait voulu Guy Môquet". (Le tribunal l'a relaxée, après que son avocat Thierry Lévy eût prouvé que le chauffeur du sous-préfet avait produit un faux témoignage. Le Parquet ET le sous-préfet ont malgré tout fait appel…)
Le jour du procès de Maria, nous faisons la connaissance au tribunal d'un autre "outrageur", Yves BAUMGARTEN, prof de philo poursuivi pour outrage. (Attablé à une terrasse de Barbès avec un ami qui répare son ordinateur, Yves a été violemment arrêté par des policiers qui l'accusent d'avoir… volé le portable. Son procès a été repoussé au 20 février 2009 car un témoin des faits, policier à la retraite, a témoigné en sa faveur.) 
L'histoire d'Yves prouve que l’outrage, ça peut arriver à n‘importe qui, n’importe quand… et explique la prolifération des poursuites pour faits d'outrage (17.700 poursuites pour faits d'outrage en 1996, 32.000 en 2007). L'outrage, ce sont toujours des drames humains, souvent terribles, avec souvent à la clef des violences policières. Et des citoyens qui  se retrouvent du jour au lendemain confrontés à l’arbitraire d’une société française de plus en plus policière.
Ainsi que le prouvent les poursuites engagées contre Romain DUNAND et Maria VUILLET, mais aussi contre Hervé EON, jugé le 23 octobre 2008 à Laval pour offense au président de la République, alors qu'il manifestait contre la venue de Sarkozy en brandissant une pancarte plagiant le "Casse-toi pov' con!" sarkozien l’outrage, ce sont aussi des libertés individuelles qui rétrécissent.
Dans une France qui ressemble de plus en plus à une république bananière, et où nombre de citoyens ont tendance à glisser dans un dangereux assoupissement.
Voilà comment est né le CODEDO, qui s'est fixé pour tâche de demander la dépénalisation du délit d’outrage.


2 commentaires:

outrageur condamné a dit…

Je ne dis pas longue vie au CODEDO car, comme pour les Restos du Coeur, il est souhaitable qu'il atteigne ses objectifs le plus rapidement possible.
Néanmoins, félicitations et bon courage pour votre action.

Unknown a dit…

Outrageuse qui va être condamnée, qui a osé "leur" dire "espèce d'andouille de gendarme" et "connard", ce nétait pas assez alors ils ont rajouté sur leur rapport "je vais t'enculer" comme si moi, femme, j'avais pu avoir une idée pareille, question pratique je veux dire... Et rébellion avec, bien sûr, je me suis débattue car on me menottait dans le dos avec une douceur folle, j'ai les hématomes qui en témoignent... Normal, "seule et sans arme" j'ai agressé "violemment" 2 militaires surentraînés, à 57 ans...
Comment puis-je adhérer à cette association pour soutenir ses idées? Merci de me tenir au courant. Et courage à tous ceux qui traversent la même galère que moi.